CHRONIQUES DVD
Démineurs / de Kathryn Bigelow / Avec Jeremy Renner, Anthony Mackie, Brian Geraghty, ...
D’habitude, parler dans ce Journal d’un film qui ne m’a pas plu ne m’intéresse pas. Mais pour le coup, quand ce film reçoit 6 oscars, dont 2 prestigieux (meilleur film, meilleur(e) réalisateur/trice), je me sens investi du devoir de contrebalancer la tendance.
En sortant de la salle, déjà, Démineurs m’a laissé perplexe. Mais ces 6 oscars ajoutés aux dithyrambes des critiques ciné me laissent un sentiment d’incompréhension totale. Récompenser Démineurs équivaut pour moi à donner l’oscar du meilleur acteur à Chuck Norris.
Comment ce film a-t-il pu plaire ? Pourquoi a-t-il plu ? J’ai poussé le masochisme jusqu’à le regarder deux fois pour tenter de comprendre. Mauvaise idée, le résultat est comparable à l’effet d’une grosse cuite le lendemain d’une autre très grosse cuite.
Au chômage depuis les années 90 et l’avènement de vrais effets spéciaux, les «trembleurs de caméra» ne trouvaient plus refuge que dans des téléfilms catastrophe allemands diffusés l’après-midi sur la TNT ou tard dans la nuit. Mais comptez sur Kathryn Bigelow pour la réinsertion sociale. Durant TOUT - je dis bien TOUT - le film, la caméra tremble, bouge, s’énerve, et part brusquement à gauche, et revient rapidement à droite, zoome sur les visages, dé-zoome, re-zoome, dé-zoome, vire à gauche, à droite, etc. On se croirait à Space Mountain, sauf que ça dure plus de 2h : effet vomitif assuré.
Le scénario ? Quel scénario ? Un «démineur» et ses deux acolytes, en Irak, déminent. Point barre. Une amorce d’histoire avec un gamin irakien apparaît au bout d’1h20, mais s’avère sans queue ni tête. Le tout n’est qu’une juxtaposition de scènes pas nettes, où les héros déminent, suent, boivent, et re-déminent. On ne comprend jamais très bien ce qu’il se passe, sauf que le héros est une tête brûlée qui aime ce qu’il fait et là où il est.
Seul côté positif, Démineurs ne tente pas de nous imposer une morale, mais on peut tout de même en tirer deux messages : «la guerre, c’est chiant» et «les soldats sont des cons».
En résumé, un film aussi excitant qu’une partie de pêche au bord d’un ruisseau.
Nobody Knows / de Hirokazu Kore-Eda / Avec Yuya Yagira, ...
Ce film fait partie d’une série merveilleuse : les films sur lesquels on (surtout je) tombe à 2h du matin à la téloche, par hasard, sans jamais n’avoir entendu, lu ou vu quelque chose à son propos, et sur lequel on va d’abord porter un oeil interrogé mais distrait, pour finir par le classer parmi les plus belles pépites cinématographiques qu’on ait jamais vues.
Nobody Knows est subtil et affreux, tendre et cruel, mignon et triste, et inspiré de faits réels.
C’est du cinéma «mou», mais pas au sens péjoratif : rien n’est précipité, tout se déroule de façon simple et naturelle, au rythme des saisons qui passent et des enfants qui grandissent.
Ici, on ne fait pas mourir les gens avec des violons et des «Oh Janice, I love you so» («Oh Janiceuh, je t’aimeuh tang»), on n’a pas recours à des prétextes scénaristiques et musicaux pour faire larmoyer les spectateurs.
Tout simplement, Hirokazu Kore-Eda ne se «moque pas du visage» (pour bien le dire) de son spectateur. Il façonne une histoire qu’on regarde comme on voit des gens passer dans la rue, comme une scène particulière qui attire notre regard quelques instants et à laquelle on va penser quelque temps, oublier, et qui va resurgir quand on ne s’y attend pas. Tout y est vrai et simple, et tellement crédible qu’on ne doute pas une seconde de l’histoire de ces 4 frères et soeurs formidables et attachants interprétés par un casting inédit mais surdoué de gamins de 5 à 14 ans (Yuya Yagira a obtenu a 14 ans le prix d’interprétation au Festival de Cannes, plus jeune acteur jamais récompensé).
Si ce film ne vaut pas le détour, alors c’est très simple : peu de films valent la peine d’être vus.
Max Frech