Le Retour des Trois Soûlards / de Nagisa Ôshima

 

Replaçons le décor : 1968, Japon, Guerre du Vietnam, et immigration coréenne de masse vers le Japon (qui, bien content de ne pas participer à cette guerre, n’hésite pourtant pas à renvoyer ses immigrés et ressortissants coréens au pays afin qu’ils s’adonnent au Vietnam aux plaisirs de nuits à la belle étoile et du cache-cache en forêt).  

Le scénario donne envie : trois jeunes étudiants japonais s’en vont à la plage, et, alors qu’ils barbotent gaiement, leurs vêtements sont subtilisés et remplacés par des uniformes de soldats coréens. S’ensuit une quête vitale pour les 3 jeunes, qui en cherchant leurs costumes originaux, souhaitent retrouver une part de leur identité perdue, dans un pays où l’uniforme, à l’instar du cachet de la Poste, fait foi.

Malgré tout ça, c’est longuet, et pas toujours très compréhensible par le premier venu - même moi qui suis le deuxième venu n’ai pas vraiment compris. L’incompréhensibilité (19 lettres, 71 points) de ce film est quasiment - entièrement - en partie - totalement (rayez la/les mentions inutiles) due à ce qu’il a très mal vieilli - surtout chez nous pauvres occidentaux, qui ne sommes pas familiers de ce genre de cinéma et de la culture orientale des années 60 - , mais aussi à la chronologie trop bousculée et à des scènes que l’on comprend mal. En lui-même, le film est censé être une comédie, mais il s’avère peu drôle et plutôt burlesque à la Takeshi Kitano, mais en moins bien.

Au final, on a certes un film très original, mais réservé à un public cinéphile, «japanophile», ou nostalgique de vieux films.

 

Max Frech

Les Enfants de Don Quichotte / Documentaire de Ronan Dénécé, Augustin Legrand et Jean-Baptiste Legrand

 

Aaaah ce qu’on aime à répéter «Si la parole est d’argent, le silence est d’or» ! Comme si la nôtre de parole, avait plus de valeur que celle de l’autre ! Mais tout est affaire de point de vue. En l’occurrence, s’il est une frange de la population dont une autre se félicite que son silence soit d’or, c’est celle des Sans-Domicile-Fixe, les oubliés. Ceux qui dorment sur des cartons usagés qui emballaient des produits dont ils n’osent même pas envisager l’existence, ceux-là, nous ne les voyons et les entendons pas, ne les écoutons pas, sauf quand au début de chaque hiver, les caméras de TF1 et consorts vont recueillir l’éternel témoignage : «C’est qu’dormir dans la rue, s’pas facile avec ce froid». Et exit les revendications.

Les Enfants de Don Quichotte est un documentaire fait sans artifice, dans la rue, où pour une fois on invite des SDF à s’exprimer. Jean-Baptiste et Augustin Legrand, Ronan Denécé et Pascal Oumaklouf viennent donner plus de voix aux revendications de la rue. Leur moyen : la médiatisation. Fin 2006, ils installent des tentes (plus de 300) le long du Canal Saint-Martin, dans lesquelles ils logeront des semaines avec des SDF, des bénévoles, volontaires et optimistes, ou encore des «invités» à vivre ne serait-ce qu’une nuit, quelques heures, ce que vit un SDF. Ce mouvement rappelle avec passion quelques-uns des droits principaux de l’Homme : la garantie de la dignité de tout être humain et l’assistance à personne en danger de mort qui sont, entre beaucoup d’autres, bafoués. Ce très beau docu retrace les événements de fin 2006 à fin 2007, avec une force puisée dans la simplicité et la modestie du film, mais aussi dans l’optimisme acharné des gens en lutte.

S’il y a une infime part d’humain en vous qui accorde de l’intérêt à ce que vivent vos concitoyens, ce documentaire vous est nécessaire.

 

Max Frech