France Inter gâte les amateurs de cinéma en cette fin d'année. Deux films du génie gay américain Gregg Araki, encore méconnus de grand public mais ovationnés par le milieu du cinéma underground, vont être réédités par la radio publique bien connue. The Doom Generation et Nowhere, sortis en 1995 et 1997, sortent enfin dans nos bacs où ils étaient pour l'instant quasi-introuvables.
The Doom Generation est un road-movie cauchemardesque dans lequel deux adolescents, Jordan (James Duval) et Amy (Rose McGowan) fuient leur vie ennuyeuse et croisent la route de Xavier (Jonathon Schaech). Gregg Araki construit un véritable bad-trip comique et cruel, à la jeunesse désabusée sans but outre le plaisir immédiat et charnel, s'enfonçant dans le délire au fil des kilomètres parcourus. Pertinemment violent, sale, très sexuel, mais aussi aux excellents décors et jeux de couleurs, The Doom Generation choque, nous met mal à l'aise, autant par l'esthétique psyché que par la trame non convenue, et est pourtant beau, accrocheur, et avant tout sans précédent.
La violence est ici physique, mais aussi très psychologique : il y a de l'amour, de la poésie, mais vraiment peu de repères, une absence de raison et de motifs apparents chez ces personnages complètement perdus.
La scène de fin est horriblement sale, trash, et est pourtant incroyable. Sans égal parmi ses contemporains pour la manière dont il a clos ce récit (à part peut-être Funny Games d'Haneke) : Araki veut qu'on se sente mal, et on se sent mal, presque physiquement.
Voilà un film hors du commun, qui ne peut laisser personne indifférent.
NB : Il faut bien savoir que ce film est interdit aux moins de 16 ans, mais qu'au-delà, il peut choquer n'importe quel adulte. Si pour vous le cinéma n'est qu'un simple divertissement, que vous êtes sensible, évitez ce film, et tous les autres d'Araki, sauf peut-être Smiley Face (conte humoristique marijuanien).
Max(ime)
Au loin des villages / Olivier Zuchuat
Au loin des villages, réalisé par Olivier Zuchuat, a été tourné au Darfour dans un camp de déplacés tchadiens. Ce documentaire relate avec force le quotidien de 13000 survivants de la guerre du Darfour qui opposa en 2006 principalement des membres de l'ethnie Dajo chassés de leur terre et massacrés par les Jajaweeds, groupuscule de rebelles armés. Les survivants se sont réfugiés dans le camp de Gouroukou à l'est du Tchad, tel une prison dans laquelle ils se protègent de toutes atteintes extérieures. Olivier Zuchuat s'est enfermé avec eux, pour vivre une vie au ralenti où les conversations tournent autour de la guerre (les enfants dessinent la guerre, fredonnent des chansons guerrières ...) et où la survie est leur quotidien. Seules les femmes quittent le camp avec les enfants (filles) pour travailler la terre, ramasser du bois de peur que les hommes se fassent à nouveau violenter.
Ce documentaire a remporté le prix des médiathèques en 2008 et a été remarqué dans les festivals internationaux les plus reconnus.
Sortie en salle le 11 novembre 2009.
Krine
Aveux, théories, actrices, de Kijû Yoshida - Carlotta
Impossible à raconter, ce film sur le métier d’actrice, et sur l’image que le spectateur s’en fait. Complexe, lisible à de multiples niveaux, il confond en permanence fiction et réalité, en tentant de «déniaiser» celui qui n’a devant lui qu’un fantasme qu’il s’est fabriqué. Quid de la femme derrière la comédienne dans un milieu fascinant mais dangereux, quid du processus de création, quid de la représentation de la femme en général ? Il y a du Bergman dans ce réalisateur majeur qui explique tout cela en préambule, passage conseillé avant l’attaque de ce film déroutant et passionnant de bout en bout.
Ariane - Billy Wilder - Carlotta
Bon, c’est vrai, j’ai un faible pour Audrey Hepburn. Je n’y peux rien, et ce n’est pas ce film qui va me faire changer d’avis, au contraire. D’abord, Billy Wilder sait la filmer. Et l’habiller, aussi (voir l’interview d’Hubert de Givenchy). Ensuite, il lui donne des partenaires à la hauteur : Gary Cooper, qui joue l’homme à femmes blasé qui se retrouve pris à son propre piège, et Maurice Chevalier, émouvant en «père - couveuse» de sa délicieuse fille. Enfin, il sait mieux que quiconque rendre une comédie légère, subtile et pleine d’humour. Du grand art. Et un réel plaisir à (re) découvrir ce film où le mensonge est roi...
Des trains étroitement surveillés, de Jifi Menzel - Malavida
Oscar du meilleur film étranger en 1967, ce film surprend et séduit par sa sobriété et par la poésie qui s’en dégage. Cette tragicomédie raconte l’éducation sentimentale d’un jeune stagiaire qui officie dans une gare tchèque (et oui, ça s’appelait comme ça, avant...), maladroit avec le sexe dit faible, et, surtout, avec une de ses collègues beaucoup plus mûre que lui sur ce plan-là. C’est drôle et c’est pathétique, aussi. Et ça se passe pendant la deuxième guerre mondiale. L’occasion de prouver qu’on est un homme...Un excellent moment de cinéma.
Back Soon, de Solveig Anspach. Bac films
Il est très drôle, ce road-movie islandais ! Sujet du jour : comment à la fois mettre en péril un commerce prospère de vente de marijuana, rassembler une vingtaine de clients chez soi, en son absence, et sillonner une île 48h durant en faisant de pittoresques rencontres ? L’héroïne de ce film est une mère de deux enfants, qui souhaite larguer ses activités et changer de vie. Facile à faire, en théorie. Sauf quand une succession d’imprévus se mettent en travers du chemin d’Anna...Frais et dépaysant ! Avec une mention spéciale pour l’interprétation déjantée de Didda Jonsdottir.
Ballerina, de Bertrand Normand - Floris films
Magique et éprouvant. Ce sont les deux adjectifs qui s’imposent concernant ce documentaire qui suit l’itinéraire de 5 danseuses du Théâtre Marinski de Saint - Pétersbourg. Magique comme l’est la danse à ce niveau - là de perfection et de grâce. Eprouvant car les chemins empruntés par ces toutes jeunes femmes sont rugueux et impitoyables. Et le parcours est long pour parvenir au sommet de la gloire. Ecole de la rigueur et de l’ascèse, la danse russe fascine par sa propension à faire émerger de somptueuses ballerines, même si le prix à payer en est particulièrement lourd pour ces jeunes femmes dont la carrière, faut - il le rappeler, s’arrête souvent à près de 40 ans. Une petite vingtaine d’années d’éblouissement pour les spectateurs...Quant aux bonus, ils précisent intelligemment le propos de ce beau film.