Chroniques Livres Juin
Echanger sa maison – Pascale Senk et Martin Rubio – Editions des Equateurs
Il y avait « On a échangé nos mamans », il y a désormais « On a échangé nos maisons ». Il y a juste un truc qui me fait tiquer, c’est le sous-titre : « Le nouvel esprit du voyage », surtout le mot « nouvel », d’ailleurs. Parce que ça ne date pas d’hier, ce principe, mais des années 50 ; ce sont les enseignants qui s’en sont emparés les premiers. Et plein d’autres ont suivi. Pour des séjours de rêve…pourvu qu’on ne fonce pas tête baissée et qu’on évite certains pièges. Ceux-là sont abordés dans ce précieux précis de vacances « différentes » et pas ruineuses. Et ça compte, par les temps qui courent…
Femmes, je vous hais…me – Gaël Pollès - Jacques-Marie Laffont Editeur
Aux premières pages, ça ressemble à du Nicolas Rey, à du Frédéric Beigbeder. Du déjà vu, donc, sur un sujet déjà largement débattu : hommes, femmes, mode d’emploi. Puis, au fil des pages, on se sent amusé par ce mélange bien échafaudé de truismes et de questions sans réponses depuis la nuit des temps. Certes, ça ne se passe pas à Cuqueron ou à Onesse–Les–Laharie, le milieu dépeint n’est pas celui de Madame Michu, et les préoccupations d’Henri–Jean sont à quelques milliers de lieues de celles du lecteur Factotumien de base (D’ailleurs, y’en a–t–il un, lecteur type ? ça se saurait…). N’empêche : notre héros arrive à nous attendrir, à nous faire sourire, derrière un monceau de cuistreries qui, finalement, le rendent plus humain, peut-être. Et font de ce roman un moment agréable à passer.
HENRI IV, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE - Hélène Tierchant. Editions Sud-Ouest. Collection Référence
Henri IV, sa vie, son œuvre…. Encore un livre sur le roi au panache blanc, c’est l’année qui veut cela, chacun y va de sa commémoration ! Hélène Tierchant ne dit rien d’autre que ce qui a déjà été écrit et amplement commenté mais elle le dit autrement, dans un style moins hermétique que celui des scientifiques. Ceux qui n’ont pas lu l’excellent Henri IV de Jean-Pierre Babelon apprécieront la « traduction » qu’elle en fait dans un style journalistique enlevé. Le fond est respecté et l’histoire de notre bon roi semble moins « étouffe chrétien ». L’auteur cependant multiplie les imprécisions, mélange réalité historique et légende et use de nombreuses pirouettes pour éviter les points qu’elle est incapable d’expliquer. Il y a aussi une longue liste de petites erreurs : Henri d’Albret est né à Sanguesa, pas à Pampelune (p13), deux garçons sont morts avant la naissance d’Henri, pas un (p14), la phrase « ma brebis vient d’enfanter un lion » est prononcée lors du baptême d’Henri en mars 1554 et non à la naissance (p 16), on apprend aussi que du côté de Coarraze, on poursuit les bouquetins et les isards (p19)… etc. A condition de savoir qu’il ne s’agit pas d’un ouvrage scientifique même s’il est estampillé « référence », c’est le nom de la collection, on peut tenter l’acquisition : 270 pages pour 9,90€, c’est bien !
Lucie
L’oiseau de mauvaise augure – Camilla Läckberg – Actes Sud
Quand la télé réalité envahit une bourgade, personne n’en sort indemne. C’est même l’occasion rêvée pour régler ses comptes, anonymement ou au vu et au su de tous. Les stars d’un jour paradent, les groupies sont sous le charme, les édiles se congratulent… jusqu’à ce que les premiers corps sans vie soient retrouvés avec un taux d’alcoolémie hallucinant. A partir de là, l’auteur brouille les pistes, fait passer le vent du soupçon sur les uns et les autres même si, assez vite, on sent dans quelle direction la brise nauséabonde va nous emporter. Au final, c’est surtout l’ambiance générale qui s’avère jouissive, au moins autant que les fils emmêlés de ce suspense, tranchés dans le vif, dans une atmosphère toute scandinave…
La minute prescrite pour l'assaut - Jérôme Leroy - Editions Mille et une nuit. 17€
La fin du monde c'est demain. Dans un monde libéral abrutissant où les livres ne sont même plus lus par les futurs enseignants, où la société est hygiéniste (manger bio, pas d'abus d'alcool, pas de cigarette pas de sexe...) où la catastrophe climatique est déjà là, entraînant les désordres géopolitiques attendus, où on ne sait plus ce qui va faire le plus de mort entre les épidémies et les conflits communautaires, il reste juste à vivre ce monde d'après.
Un auteur, Kleber, son éditrice, "la kolkhozienne aux seins nus", sa maitresse capitaine de gendarmerie n'ont pas d'autre choix que de vivre cette fin du monde.
Heureusement, il leur reste leur identité du monde d'avant : du vin, Amy Winehouse, quelques livres dont les poèmes d'Hugo Chavez et leurs cartes du PCF.
Ceux qui veulent mieux connaître l'auteur peuvent lire ses livres (c'est bien le moins) et se connecter sur son blog dont le titre est en lui même un programme : http://feusurlequartiergeneral.blogspot.com
Frédéric Scibor
Les larmes de Tarzan – Katarina Mazetti – Babel
Il commence bien rythmé, ce bouquin. Une rencontre improbable (ça fait cliché, là, ce mot improbable, mais j’ai pas trouvé mieux, alors…), un choc frontal, un coït rapido presto et une aventure qui aurait dû s’arrêter là, au bout de quelques lignes. Oui mais voilà. Il y a le talent de Katarina Mazetti pour nous faire vivre un roman d’amour (si, si) qui vous prend aux tripes durant un peu plus de 250 pages. Pas de sentimentalisme. Ou alors, dès qu’il arrive, l’un des protagonistes s’empresse de dégonfler la baudruche et de revenir à la réalité, plutôt dure, ici, entre misère et schizophrénie. On verrait bien un Ken Loach aux manettes si d’aventure un film était tiré de ce livre émouvant et drôle à la fois. Le procédé littéraire (demander à chacun des personnages de donner son point de vue à tour de rôle) donne de la vie et du recul à ce roman d’une auteur qui a connu un immense succès avec « Le mec de la tombe d’à côté » qu’on va s’empresser d’acquérir.