Compte-rendu : Jazz à la Base, par Miss Mart

ajouté le 09/07/2010 à 15h50

Danse : "Ocean Air" par la Cie Paul les Oiseaux

ajouté le 12/05/2010 à 16h22

 

ajouté le 10/03/2010 à 17h20

 

 

Exposition « Dans la Forêt »

22/01/10 au 17/04/10

FRAC Bordeaux

 

 

 

Nombreux sont les artistes à s'être glissés dans la forêt, dévastée par la tempête Klaus, afin de la recréer.

L'arbre en est le symbole le plus évident; cet arbre qui, comme l'homme, s'enracine dans la terre et   lance ses branches, telles d'autres racines, dans le ciel. Ainsi l'arbre de Rodney Graham  étale sa puissance... à l'envers. En réponse, le négatif ancien de Benjamin Brucknell Turner expose un arbre, seul, minuscule, fragile, sous la voûte rendue immense du Cristal Palace de Londres en 1852.

« Inakale II » de Daniel Schlier part de l'arbre, évident réceptacle et manifestation de l'Afrique. Il devient ici, représentation du désespoir de « ceux qui ont calé », qui ne peuvent plus que se retrouver, dans cet ultime refuge, leurs visages accrochés aux branches colorées.

 

Des troncs d'arbres en mousse synthétique comme parure obligée d'une jeune femme autour de laquelle ils sont maintenus par une chaîne en plastique, allégorie presque vivante d'un monde étouffé par la pollution: cri d'alarme teinté d'ironie lancé par Piero Gilardi. 

L'arbre nous mène à la forêt, dont l'unité est à reconstituer, à travers les photos de Joseph Bartscherer, prises au même endroit, et aux différentes saisons qui l'habillent de verts, d'ors ou de blanc. Cette forêt, « authentique », est mise en perspective par l'installation de néons, figurant des arbres abstraits mais porteurs de lumière, créés par Martin Boyce. Enfin, la forêt devient hallucinante et hallucinatoire: le film de Benoît Maire répète à l'infini ses curieux alignements et ses quadrillages,  dans un sens puis dans l'autre. Arbres tous pareils, posés sur un socle nu qui donne à chacun d'eux  une solitude  sans recours.

Solitude aussi et désarroi des clandestins de Calais dont les vestiges, les sacs de couchage ou les portraits, photographiés autrement par Bruno Serralongue, hantent toujours les bois proches des dunes.

Peu après, au bord d'un sentier forestier, Dewar et Gicquel ont placé leur personnage de terre peint en blanc, comme un Gainsborough grotesque et un peu effrayant, sur un talus herbeux, dans une campagne qui s'éveille.

Olivier Vadrot et le collectif Cocktail Designers ont choisi de représenter un feu de camp sous forme d'un pentagone de bois placé sur de grandes feuilles en feutre. Le visiteur s'assied sur les rebords de l'oeuvre et peut écouter au casque divers sons issus ou inspirés de la forêt.

Un peu plus loin, un monticule de terre se revêt de motifs de feuilles en paillettes ocre, formant une sorte de dentelle : réalisation emblématique de Fanny David, toute en fragilité et délicatesse .

 

Insensiblement, avec Maya Andersson, nous abordons les liens qui existent entre les habitants de la forêt et l'homme. Elle donne à voir un espace vert et strié par les jonchées rectilignes des « Andains » à l'orée de la forêt. À l'avant du tableau, un portillon de bois ouvert et une table portant un bouquet. Nature planifiée, arrangée. Dans une autre peinture, un peu plus tard, l'animal, un renard, se tient, tout petit dans le lointain très vert et nous regarde. Nathalie Talec expose une chimère, femme à  tête de cerf,  habillée de blanc et assise sur ce qui semble un bloc de glace, comme dans un conte nordique.

La photo d'Éric Poitevin, dérange et inquiète malgré- et à cause de- la mise en scène maîtrisée. Le cadavre d'un mouflon est suspendu par les pattes, masse sombre, au dessus d'un socle blanc souillé d'une flaque de sang. Moment sacré et brutal, entre la vie et la mort, entre la présence et la disparition.

Enfin, le temps de l'apaisement et de la réconciliation possible entre l'homme et la Nature avec deux  autres oeuvres. Laurent Le Deunff et son « Foyer », rébus d'objets fabriqués ou naturels, blancs et beiges clairs, entourés de gros galets lisses et blancs posés sur un fond noir. Et le dessin très fin et très précis de ce « Piège » dérisoire, encastré au bas d'une pile de rondins,  dans un espace vierge de toute présence, que signe un des « Chasseurs flous »....

 

Miss Mart

 

 

 

Anne Teresa de Keersmaeker

« The Song »

Opéra de Bordeaux en partenariat avec le TNBA.

 

Ils sont neuf  hommes, une femme et une « bruiteuse sur le plateau. Qui courent en tous sens, seuls ou en groupes, au rythme de notre époque accélérée. La lumière s'éteint un court instant: temps et mouvement s'y suspendent. Le corps s'y perd, s'en désarticule en vrilles hanchées, replis et extensions. Les seuls sons sont les souffles, essentiels mais haletants, les bruits des corps en mouvement imités et produits par Céline Bernard, comme tenus à la distance entre réel et virtuel, les chants d'oiseaux et les chansons. Chansons des Beatles, allégoriques d'un monde tangible, sensuel et insouciant, à jamais perdu. Ascétique, expérimental, presque immatériel, ce spectacle possède toutefois de purs moments charnels et émouvants tels celui où la danseuse chante avec un talent inouï sa propre danse déséquilibrée au bord du vide. Et il interroge. Nous interroge. Sur notre liberté, sur l'élan créateur et l'invention vitale au sein de la confusion et du nivellement des idées, verrouillées par la peur et la conformité de nos sociétés. 

Miss Mart.

 

 

 

Carolyn Carlson, Joby Talbot, Alain Fleischer

« Eau »

Opéra de Bordeaux.

 

Poétique, esthétique, émouvante, merveilleusement mise en scène et interprétée, cette pièce  aquatique pour douze danseurs, inspirée de Gaston Bachelard, nous emporte dans ses flots, ses ondes enveloppantes et ses remous. L'eau, sujet de prédilection de la chorégraphe y est  dans tous ses états, source de vie et de mort, violente et douce, polluée et purificatrice. Un danseur récitant dont le phrasé évoque la majesté de Shakespeare, présente les tableaux dans un anglais très pur. Et la fluidité sculpturale de cette langue renvoie à celle de l'eau et aux corps des danseurs. Leurs mouvements ondoyants et sensuels répondent aux images projetées sur le fond de la scène et se reflètent dans un miroir d'eau, réceptacle des émotions humaines et oeil de la Terre. L'esprit s'y  regarde, le regard y plonge, le corps s'en asperge et s'y noie, les larmes s'y confondent. Mais l'eau est aussi objet de désir, de captation, de cupidité. Comme, encore, elle prélude à tous les commencements, telle celle, sacrée de la Genèse qui s'écoule jusque dans la musique de Joby Talbot.

 

Miss Mart