Compte-rendu


Festival "Jazz à la Base"


à Bordeaux, du 17 au 21 juin 2010


 

RETOUR SUR : JAZZ À LA BASE,  BASE SOUS-MARINE de BORDEAUX, 17-21/06/2010

 

D'abord il y a le ja-a-zz! Et puis il y a la base. Où cordes, cuivres, piano et percussions mais aussi lumières, couleurs et formes s'enroulent dans le béton. 

Imaginez plutôt : un bâtiment brut, aussi énorme dans le paysage que quinze bunkers assemblés, sorte de monstre antédiluvien gris et noir, replié sur lui-même au sein de son antre aquatique. Et qui laisserait l'eau entrer entre ses pattes immenses.

C'est ainsi que la Scène « Flottante », nichée au coeur de ce glauque reptile, se mire dans ce qui servait auparavant de rade aux sous-marins. À gauche au fond, deux grues se profilent l'une au dessus de l'autre, en filigranes rouges et blancs; juste au dessous, la longue pente d'un toit de métal gris surplombe les proues de bateaux petits et gros. À droite enfin, les hautes cimes de quelques arbres touffus évoquent la Toscane. Sur cette toile industrielle au miroir fluide, des nuages croisent le soleil rouge tandis que de minuscules autos tracent leurs parcours de mouches.

Au premier plan de ce tableau hallucinant, la ligne pure du piano à queue. Et les silhouettes de  tous les musiciens d'un jazz très bigarré. Dont les effluves tempétueuses ou douces se firent sentir aussi dans la salle plus intimiste du Quai du Jazz.

De superbes concerts et du beau monde! Les formations locales ne le cédaient en rien, pour le talent, à des groupes plus renommés. Les quatre amis de « Affinity Quartet » ont chaleureusement interprété des morceaux reconnaissables par tous, façon jazz rock et hard bop. Ensuite est venu le temps des griots... et un tribut à Art Blakey inspiré de l'Afrique avec la formation de Stéphane Huchard et ses invités. Be bop et incantations. Mélopées et messagers d'un jazz métissé qui emporte et soulève.

Le quartet de Francis Bourrec aussi m'a donné plein de joie. Il faut dire que le monsieur fait vibrer son saxo et nous avec. Et qu'il a le bon goût de s'accompagner d'instrumentistes hors pair pour un jazz harmonieux et aventurier. 

Et peut-être, pour moi, le passage le plus émouvant des spectacles que j'ai eu le bonheur de voir et d'écouter- pas tous malheureusement- fut ce duo émouvant où le vieil Enrico Rava répondait sur sa trompette à cet enragé prodige de Stefano Bollini, jouant de la totalité de son piano, extérieur et intérieur!!! Une heure et demie stupéfiante, éblouissante et si touchante, d'un jazz sans barrières ni frontières. Et encore, un moment délicieux, charmant, presque familial, avec les vingt trois musiciens de la première école de Pessac, regroupés en Asso Sax Big Band avec des cuivres, des cuivres et des cuivres – un peu de piano et de batterie quand même!- et la couleur qui va avec, chaude, ronde et enthousiaste.

Si j'en juge par cela, tout devait être de la même eau splendide, notamment le groupe Sixun que j'eus déjà le grand bonheur d'entendre en d'autres lieux, avec Jean-Pierre Como dont les mélodies mâtinées de rock, aussi surprenantes que belles, m'accompagnent depuis fort longtemps. Une eau aux courants multiples, animée de ce jazz si vivant qu'on le sent palpiter jusque dans son propre sang.

 

Miss Mart