Retour sur le ballet hip hop « Correspondances » Cie Momboye au Parnasse de Mimizan, le 29/01/2010

 

Georges Monboye est le magnifique créateur de 13 chorégraphies qui mettent en relief les origines africaines de l'auteur, métissées d'une inspiration contemporaine unique en son genre. Son oeuvre danse l'énergie vitale, l'exultation des corps jusques et y compris dans les symboles de leur enfermement ou leur fragilité. Monboye est ce faune en costume qui n'a de cesse de le déchirer pour revenir aux sources vives de l'humain. Cette initiation-exploration rythmée et puissante porte les mythes de plusieurs continents. Elle évoque la nature autant que la culture. Et les élans du chorégraphe l'ont fait s'intéresser, dès l'origine, au smurf et au hip hop. Afrique des savanes et « jungle » des banlieues se rencontrent pour écrire une histoire réconciliée. Celle, par exemple de ces « Correspondances »-correspondanses, créées en 2006 à la Cité Danse de Suresnes, qui se passent dans des halls, sur des quais  et dans ces trains qui mènent vers des ailleurs, meilleurs peut-être...  Les voyageurs y sont les virtuoses de mouvements désarticulés, élastiques, ralentis ou saccadés, entre deux gares symboliques, mouvements symptomatiques de ce qui les et nous agite, inquiétude et joie, peur du demain sans fin et jubilation du présent à habiter.... mais comment? Avec ce très jeune et tonique ballet, Mister Momboye nous suggère sans doute une réponse à la fois sociale et dansée. 

 

Miss Mart. 

 

 

Tout au bord, de Bernard Cogniaux et Marie

Paule Kumps. La Copat

 

Que faire quand les enfants se sont envolés du nid familial, alors qu’ils ont remplis la majeure partie de la vie de leurs géniteurs ? Ceux - ci ont - ils la force de réinventer leur vie et de vouloir se souvenir des promesses qui s’étaient faites il y a si longtemps ? Ici, l’un se met à la clarinette, l’autre au vélo. Mais ça ne suffit pas, du moins au début. Et ça conduit au bord d’un précipice, tout au bord...Ces deux auteurs et comédiens belges, mis en scène par Pietro Pizzuti, explorent la vie familiale avec humour et émotion. On sourit, bien sûr, on s’inquiète, aussi, de la dérive qui n’en finit plus d’empoisonner la vie de ces deux funambules désormais seuls sur une piste qu’ils ont connue plus animée. Retrouveront - ils un sens à leur vie ? Réponse 1h27 après le début de cette belle pièce.

 

 

Ti An, Antigone Vietnam au théâtre St Louis de Pau, les Vendredi 20 et Samedi 21 Mars 2009

Cela fait cinq ans maintenant que se sont rencontrés, lors d’un voyage au Vietnam du premier, le Théâtre Monte-Charge et le Théâtre Tuong. Belle aventure qui donna lieu à des relations d’amitié entre les deux troupes et, bien évidemment, à des créations conjointes, représentées tant là-bas qu’en France.

Cette pièce-ci en fait partie, où Antigone devient extrême orientale. Les costumes chatoyants de soieries multicolores et les deux langues, Français et Vietnamien, se répondent sur scène dans une alchimie de nuances et de sons.  Le sombre de la tragédie est mis en relief par la luminosité des couleurs et l’intrication des langages la rend encore plus universelle. Cette interprétation particulière nous fait partager une Antigone décidément exceptionnelle. À la fin, et comme il est d’usage, les acteurs se rassemblent, en se tenant par la main pour un dernier salut. Et ils chantent une ravissante petite chanson mélancolique et émouvante, venue de cet ailleurs lointain qui nous semble alors très proche….

 

Rokia Traoré au Parnasse de Mimizan, le Vendredi 27 Mars 2009.

La chanteuse d’origine malienne bambara a réussi à créer un métissage harmonieux entre ses racines et sa résidence française. Pour preuve, son dernier album « Tchamantché » dont le nom signifie « point d’équilibre » » et cette toute récente Victoire de la Musique dans la catégorie « Musiques du Monde ». Et, hier soir,  ce concert, sur la scène du théâtre landais. Accompagnée de trois guitaristes acoustiques et électriques, de chœurs et d’un excellent batteur, sa voix passe de la mélopée tendre aux accents éclatants et percussifs de chansons un peu jazzy ou blues mélangées des inspirations d’une femme griot africaine. Une voix superbe, c’est certain. Et une voie royale pour elle dans ce public atlantique qui l’a accueillie en se levant et en dansant et par des vagues d’applaudissements.

 

Retour sur « Quatre tendances » par le Ballet National de Bordeaux au Parnasse à Mimizan, le Vendredi 23 Janvier 2009.

Eh oui, qu’on se le dise dans les chaumières, grâce à l’excellente équipe culturelle qui se manifeste également l’été à la plage dans ses « Mouvementées », danse, performances et théâtre conjoints, ce bout du monde n’a plus du désert que sa plage, l’hiver.

Et l’hiver, des spectacles de qualité nous sont proposés au Parnasse, telles ces quatre tendances de la chorégraphie néoclassique.

L’interprétation de « Valses », de Thierry Malandain, par ces seize danseurs et leurs envols, portés, chassés croisés et arrêts sur image, en justaucorps rebrodés et jupes scintillantes, étaient toutes de finesse, de précision . La musique de Fauré portait au ravissement. Et un moment particulier de flamenco figé dans le temps m’est resté dans les yeux.

« La pavane du Maure » mettait en exergue quatre danseurs dans des tableaux qu’on aurait dit tirés de peintures de Quentin Latour. Les deux couples se faisaient, défaisaient, refaisaient et prenaient des poses à la fois sensuelles et hiératiques en costumes de velours jaune vif, blanc, pourpre et noir. Du José Limon confinant  au sublime sur l’intemporalité de Purcell.

Tout à fait différente et d’une autre intensité, cette danse dérangeante et prenante inventée par Claude Brumachon pour deux garçons « Indomptés », briseurs de tabous, qui se frôlent, se repoussent  et enfin  s’abandonnent  dans la musique de Wim Mertens.

Avec William Forsythe, la modernité du propos plus évidente dans les rythmes, les figures et les costumes des danseurs se heurte au paradoxe des pointes sur chaussons. Cette incongruité révèle cependant avec plus de force encore le talent du chorégraphe et l’ éclat de ses interprètes, portés par les staccatos de Tom Willems.

 

Martine Gabarra