Clap de fin à Oslo pour l'Année
Polaire Internationale
Du 5 au 13 juin à Oslo, tout ce que la communauté scientifique internationale compte de spécialistes des questions polaires, se retrouvera pour mettre en commun les premiers résultats de l’Année Polaire Internationale (IPY). La quatrième du nom se déroulait entre 2007 et 2008. Parmi les pays engagés dans cette démarche, certains ont déjà solennellement clôturé leur année. C’est le cas de la France qui a conclu la sienne en 2009 par un colloque, fort intéressant. Il s’est tenu au Sénat. Il s’agissait d’une initiative conjointe de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (l’OPCEST), et du Collège de France.
En fait, l’année polaire internationale de la période 2007-2008 est la quatrième du nom, et se déroule 125 ans après la première édition. La seconde a eu lieu en 1932, et la troisième en 1957-1958. Une année polaire internationale est donc un événement considérable qui rassemble la communauté scientifique internationale autour de programmes ambitieux, coordonnés au niveau international. L’objectif de ces initiatives est de permettre une avancée importante des connaissances dans les régions polaires car fondamentalement c’est bien là que se trouve une partie des réponses aux questions que l’ensemble de la planète se pose sur l’évolution de son environnement. Le travail sur les régions polaires nécessite une logistique appropriée, des infrastructures lourdes. Au niveau français c’est l’Institut Polaire Français Paul-Emile Victor qui était chargé de la coordination des moyens. Le but d’une année polaire est de réaliser dans un temps assez restreint une sorte d’état des lieux.
Pour autant, circonvenir un certain type de recherche sur un espace temps d’une année peut s’avérer largement insuffisant, c’est la raison pour laquelle Oslo se justifie bien au-delà de la limite initialement prévue. Les campagnes se déroulent dans les deux hémisphères. Elles tentent de démontrer le rôle que jouent les régions polaires vis-à-vis de l’ensemble de la planète. Les phénomènes qui sont observés, comme en particulier le réchauffement climatique, sont nettement amplifiées dans ces régions par rapport aux autres régions du globe. Les océanographes ont coutume de dire que toutes les pollutions se retrouvent dans les océans. Elles arrivent à se concentrer dans des régions comme les pôles où l’on peut logiquement se demander d’où elles proviennent, c’est le cas des concentrations en pesticides par exemple.
L’institut Paul Emile Victor retrace dans son site l’historique des années polaires internationales. On constate ainsi une progression considérable du nombre de nations concernées et qui ont mis en commun leurs équipes de scientifiques. Il est d’ailleurs remarquable que la communauté des scientifiques se soit réunie depuis la fin du XIX ème siècle à l’occasion de ces rendez-vous des années polaires.
A l’origine la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis s’engagent dans le processus. La première année polaire se déroule entre 1882 et 1883, 12 pays ont rassemblé leurs forces pour organiser 13 expéditions en Arctique et 2 dans le Subantarctique. Les études portaient (déjà) sur le climat et le champ magnétique terrestre mais aussi l’astronomie, la zoologie, la botanique et l’ethnologie.
C’est à cette époque que la décision a été prise d’organiser tous les cinquante ans une Année Polaire. La fréquence ne fut pas intégralement respectée entre la seconde et la troisième, pour cause de seconde guerre mondiale. Paradoxalement, pour mettre à profit les avancées technologiques nées au cours de la guerre... Chemin faisant le nombre des nations engagées dans la démarche n’a cessé de grossir alors que les sujets de recherche se sont multipliés. En 1957-1958, donc, la troisième Année Polaire Internationale s’est déroulée dans le cadre de l’Année Géophysique Internationale (AGI). 61 nations participèrent aux différentes campagnes. La coopération mise alors en place a suscité une dynamique qui s’est maintenue pendant les décennies suivantes.
L’échéance d’Oslo est donc intéressante à observer. Quelques mois après la rencontre des politiques à Copenhague qui s’est soldée par un relevé des difficultés à harmoniser les politiques à l’échelle mondiale, quel sera le bilan des scientifiques réunis un peu plus au Nord.
Le contexte des Pôles n’est pas tout à fait semblable. L’Antarctique compte tenu d’un accès difficile a réussi à préserver son côté sanctuaire avec l’accord surprenant des grandes nations qui se partagent ce continent. Pour quelques années encore l’Antarctique demeurera le lieu de prédilection des scientifiques et sans doute de quelques séjours pour touristes fortunés. Le protocole de Madrid sanctionne l’accord international qui préserve cet espace dénué de présence humaine autochtone.
En revanche pour ce qui est de l’Arctique, la problématique est singulièrement plus complexe. Le réchauffement climatique observé à la loupe parmi de nombreux objets d’étude, dévoile une série d’enjeux qui dépassent, et de loin, les seuls champs d’observation des scientifiques. A Oslo plusieurs milliers de scientifiques vont échanger leurs analyses à travers un nombre impressionnant de communications, de conférences, d’ouvrages, de rapports et autres films, audio-visuels variés.
Le contexte dans lequel évoluent et travaillent les scientifiques se complique. Vu les enjeux de l’Arctique où les convoitises s’exacerbent autour de sujets éminemment sensibles comme l’ouverture des voies de navigation entre l’Est et l’Ouest, l’accès possible aux ressources minérales du sous-sol, l’accès non moins stratégique aux réserves de gaz et de pétrole, et les revendications « territoriales » des états particulièrement pour ce qui concerne leur plateau continental, le degré de prise en considération des populations autochtones vivant dans ces régions, etc, etc...
Les scientifiques se rencontrent donc à Oslo dans un contexte mondial qui les bouscule. Ils ne sont plus aujourd’hui confinés dans des labos aseptisés, mais bien questionnés par les mouvements et les bruits de la planète. On voit bien en France les effets des polémiques déclenchées par Claude Allègre au sein même de la communauté scientifique. La marée noire du Golfe du Mexique donne sans doute matière à réflexion par rapport à une catastrophe de même nature en Arctique. Ne revenons pas sur Copenhague et le décalage entre politiques et scientifiques, - au fait qui a entendu parler du sommet de Cochabamba organisé par Evo Morales en Bolivie et qui a réuni 35000 participants principalement membres d’ONG et scientifiques privés de parole à Copenhague ? Bien d’autres exemples montrent que les scientifiques sont de plus en plus interpellés par le monde des politiques d’une part, le monde des médias d’autre part. Il leur appartient donc de s’impliquer dans la diffusion des savoirs qu’ils construisent.
Les jeunes chercheurs qui se rencontrent à Oslo à l’occasion de l’évènement norvégien de l’Année Polaire Internationale, ont constitué une association internationale : l’APECS dont l’un des objectifs est précisément de s’engager dans des actions de vulgarisation scientifique. Il s’agit pour l’APECS de développer des relations entre enseignants et chercheurs, ne serait-ce que pour toucher les scolaires des différents niveaux d’enseignement. Un moyen peut-être de sensibiliser par ricochet leurs familles.
Factotum entend suivre de prés et relayer les initiatives qui résulteront de ce vaste projet.
YANDE
APECS : Association of Polar Early Career Scientists. http://www.apecs.is
IPY : International Polar Year. Site : http://www.ipy-osc.no
Institut Polaire Paul Emile Victor Site : http://www.institut-polaire.fr/