De Bruxelles à la Gespe


Interview d'Arno

 

«BRUSSLD» est le 18ème album solo d’ARNO pour plus de 35 au total. Rien d’étonnant au fait que Bruxelles soit la plaque tournante des nouvelles inspirations en Europe. Rimbaud, V. Hugo, K. Marx, Piaf, M. Davies y ont habité et Barbara s’y est mariée.

Alors depuis «TC MATIC», le ructant combo rock de ses débuts (77’ 80’), Arno sème ses instantanés en soufflant sur les plaies du quotidien avec une jouissance salvatrice. Je retrouve ce héros des temps modernes avant l’un de ses concerts. Une veste de cuir usée, des santiags dé- chirés, assis sur un canapé, Arno affiche un sourire de vieux sage. Au rappel de certain de ces titres, je l’interpelle :

 

Factotum (F) : Alors ! Rita, Martha, Sarah, Marie, qu’est-ce qui te fait gagner le plus d’argent, les disques, les concerts ou les femmes ?

Arno (A) : Quoi ! Tu veux dire que je me sers d’elles pour gagner de l’argent. Tu penses alors que je leur en demande ! (le ton monte et ça commence mal)

 

F : Non mais tu en parles beaucoup.

A : Oui car ce sont mes soeurs.

(Belle famille. Pour calmer l’affaire je sors de mon sac le vinyle de TC MATIC qu’il m’arrache des mains pour le scruter soigneusement.)

 

F : Veux-tu dire un mot de tes débuts ?

A : Non, je n’aime pas la nostalgie, ce n’est pas mon fonds de commerce et je me protège de ça ! Le même trottoir ou le même bar recèlent leurs trésors d’inspiration différents selon l’heure. Aussi seul le présent compte pour moi.

 

F : Cependant chacun de tes albums comporte une reprise, du passé !! 

A : Non mais c’est toujours par hasard. Ici mon fils écoutait B. Marley dans la salle de bain avant un concert et j’ai décidé de reprendre «Get up stand up» pour défendre les employés sur le point d’être virés. Histoire de fierté. Mais pas comme B.M. car je suis blanc comme un caché d’aspirine. Il n’y a pas assez de révolte dans la musique aujourd’hui, tout est trop sage et puis il y a le rétro. Lorsque j’écoute un groupe, j’ai l’impression de l’avoir déjà entendu car ils se copient tous.

 

F : Si la Belgique est la capitale culturelle de l’Europe, tu penses être leur père spirituel ? 

A : On dit ça oui.

 

F : Mais toi qu’en penses-tu ?

A : Moi je pense que je pense que je pense rien... (Rires)

 

F : Et, a quand une chanson de marin ?

A : Oh tu sais, je suis marin dans l’âme car je suis né au bord de la mer et je suis toujours dans le bus comme dans un bateau. 

 

Avec 200 jours de tournée par an, ce soir-là était l’avant-dernière dans ce beau et intimiste endroit qu’est La Gespe. La salle est comble et le concert magique, 2h de spectacles vivants (du vrai Jus de Vie). Il y a de la flamme dans cet homme surprenant, rien n’est jamais défini à l’avance et l’on respire le bonheur à le voir jouer. L’énergie, l’enthousiasme, comme la grandeur d’âme du personnage, communiquent des émotions uniques.

 

Interview et photos de Patrice Rolle