LE CLIMAT…. TIQUE


La semaine du développement durable a proposé au Palais Beaumont une soirée originale dédiée au climat. Cette manifestation réunissait une centaine de personnes motivées un samedi soir autour de deux éminents climatologues Hervé LE TREUT et Christophe CASSOU membres du GIEC, et les jeunes « Messagers des Glaces » du Centre Social de la Pépinière de Pau.

 

Les Messagers des Glaces.


Les jeunes ont apporté le témoignage encore tout frais de leurs découvertes du Spiltzberg engrangées après une solide préparation et un voyage sur place à bord d’un voilier comme il se doit, respectueux de l’environnement, l’Albarquel. Leurs aventures sont relatées dans un film tourné au cours de leur périple. Il constitue le support aux interventions que le groupe est appelé à faire dans les écoles, lycées, collèges, associations, afin de partager avec d’autres jeunes une expérience remarquable. Les Messagers des Glaces ont finalement vécu une double expérience, humaine d’une part, scientifique d’autre part sous la houlette de PEIO.

Leur parcours scientifique a été soigneusement balisé par Christophe CASSOU. Le climatologue toulousain les a aussi accompagnés afin d’effectuer un certain nombre d’observations et de mesures, histoire d’expérimenter et de vérifier « en live » les connaissances théoriques qui avaient précédé le déplacement.

 

L’un des moments spectaculaires du film montre en gros plan la photo d’un glacier prise au début du vingtième siècle, et la physionomie du même glacier telle qu’elle apparaît aujourd’hui sous les yeux des jeunes palois et devant l’objectif de la caméra. La démonstration est éclatante, le glacier a subi une cure d’amaigrissement spectaculaire. Pour quelle raison ? La réponse s’impose allègrement dans l’assistance.

 

Un autre temps fort du film, est justement la rencontre si attendue avec l’ours polaire. Elle a bien eu lieu. Rencontre furtive, à distance, le temps d’apercevoir cette bête mythique dont la survie est indissociablement liée au futur de la banquise. A partir de ces deux faits le doute n’est plus permis, les Messagers des Glaces ont bel et bien touché du doigt le réchauffement climatique.

 

Ils entraînent alors leur auditoire dans un questionnement sur ce qu’il y aurait lieu de faire pour contribuer au minimum à ralentir les phénomènes perçus avec un décalage important entre les régions polaires, plus exposées, et nos latitudes. Les jeunes Messagers des Glaces dans un souci de cohérence se sont aussi appliqués à eux-mêmes la question de leur « bilan carbone » pour aller se rendre compte sur place. Le jeu en valait-il la chandelle, ils ont eu à coeur de se poser le problème… la visite ministérielle destinée à apprécier la réalité de la disparition de la glace du Groenland n’a peut-être pas eu le même scrupule. Il est vrai encore que les Messagers des Glaces ont eu recours à la navigation à voile pour leur exploration. C’était méritoire, cohérent avec le projet, spartiate, participatif… et sportif.

 

A l’écoute des climatologues.

 

Le témoignage des jeunes palois était suivi de deux interventions des deux climatologues. Celle de Hervé Le TREUT de l’Institut Pierre Simon Laplace et celle de Christophe CASSOU du Cerfacs CNRS de Toulouse. Ces deux scientifiques sont issus des deux équipes françaises qui font autorité en matière de climatologie. Ils revendiquent aussi leur appartenance au GIEC ce groupe de recherche sur le climat mis en place par les hautes instance internationales sous l’égide de l’ONU.

 

L’approche des deux scientifiques avec force graphiques, schémas, données chiffrées a été suivie par un auditoire captivé. Les intervenants ont expliqué avec gravité mais sans jamais agiter le chiffon rouge des catastrophes imminentes, en quoi consistait le travail des équipes de climatologues. Ils ont notamment expliqué la construction des modèles qui leur permettent de formuler les hypothèses pour le futur du climat, en veillant à chaque fois à situer les limites dans lesquelles se situaient leurs approches.

 

Au cours de cette soirée très dense on aura mieux précisé la problématique complexe du climat. On a bien compris que les évolutions du climat au cours des dernières décennies sont directement liées à la consommation des énergies fossiles, à la déforestation massive dans certaines parties du globe. Hervé LE TREUT braquait le projecteur sur deux phénomènes significatifs : l’augmentation des températures avec les gaz à effet de serre (CO2, NO2 et Méthane) et l’augmentation de l’acidité des océans.

Christophe CASSOU insistait sur l’importance de ce qui se passait au niveau du Pôle où le phénomène du réchauffement climatique est plus perceptible et plus amplifié que ce qui est perçu actuellement dans des régions comme la nôtre. En terme de prévisions les modèles sur lesquels travaillent son équipe laissent entrevoir d’ici le milieu du siècle l’équivalent d’une canicule tous les deux ans, Bordeaux avec le climat de Perpignan, quelques petits problèmes du côté de l’approvisionnement en eau potable et bien d’autres évolutions qui mériteraient un peu d’attention.

 

La communauté scientifique en tenaille entre « immédiateté » et « temps long »

 

L’essentiel du message délivré à l’assistance par les scientifiques ne concernait pas seulement le climat. Ils proposaient aussi une réflexion sur la science, la place des chercheurs dans la société, leur éthique. En fait les scientifiques revendiquent le droit de pouvoir travailler dans la durée, beaucoup moins sur le court terme et le sensationnel. Plusieurs centaines de chercheurs viennent de réagir très vigoureusement face à la polémique née du refus de certains de reconnaître la réalité du changement climatique. Cette polémique sème un trouble considérable. Les scientifiques présents ce soir–là à Pau exprimaient avec dignité la douleur que ce discrédit, jeté sur la communauté scientifique provoque. Ils ont rappelé en particulier la rigueur des validations des travaux des chercheurs par leurs pairs, et trouvent particulièrement blessant de voir leurs travaux contestés par des voix qui manquent singulièrement de rigueur, de cette rigueur scientifique qui a besoin de sérénité.

 

Les chercheurs se trouvent confrontés aujourd’hui à deux difficultés majeures. La première est politique et résulte de la contradiction entre le temps « long » de la recherche et la nécessaire immédiateté de la décision politique qui n’incombe pas au chercheur. La deuxième difficulté est à placer en parallèle et celle-là vient du monde des médias friands de « scoops » qui s’accommodent également assez mal du temps long dont les scientifiques ont besoin. Comment sortir de ce double piège ? Voilà un joli challenge à relever pour les scientifiques et pour tous ceux qui aimeraient bien se faire une opinion honnête sur des questions dont la gravité mériterait un traitement plus convenable. Cela fait peut-être partie du « débat public » qui reste à inventer sur bien des sujets.

 

Yandé