L’Europe , l’Europe

 

Il est quelque peu singulier de s’interroger avec autant de force sur le sens qu'il convient de donner au vote du 7 juin destiné à renouveler le parlement européen. Si la progression annoncée par les instituts de sondage se vérifie, il est certain que le parti des abstentionnistes sera largement vainqueur. Faut-il s'en réjouir ? Ce n'est pas évident, mais dans ce cas, cela pose de sacrées questions quant à la crédibilité de ce scrutin.

 

Déjà le TCE en 2005

 

Factotum s'était intéressé de près à la question de l'Europe en 2005, au moment du vote pour le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, un an après le renouvellement du Parlement. Les analyses développées alors dans ces colonnes, conservent une grande part de leur validité. Non seulement la France pour ce qui la concerne, a rejeté majoritairement le TCE, mais la majorité au pouvoir n’en n'a tenu aucun compte. La situation s'est singulièrement aggravée en la matière sur le plan du déni de démocratie avec la ratification du Traité de Lisbonne, et les différents passages en force institutionnels, en parfaite contradiction avec une décision populaire majoritaire.

Certes il ne s'agit pas de faire d'angélisme, et d'oublier les nuances pour le moins importantes qui existaient à travers le OUI ou le NON au traité constitutionnel.

 

À la veille du scrutin du 7 juin, on peut toujours s'amuser à passer en revue les stratégies sous-jacentes qui servent de ligne conductrice aux différentes formations politiques et à leurs chefs de files.

Bis repetita placent (Factotum mai 2005)

Les stratégies avouées … ou pas

Au rythme de l’Audimat

 

L’UMP n'a pas intérêt à remuer beaucoup de mousse autour de l'élection européenne pour la bonne raison que l’auto flagellation n’a pas cours en politique. Le parti majoritaire ne tirerait pas un avantage décisif de rappeler le traitement qu’il a réservé à une décision démocratique du peuple français. La seconde raison, c'est que son chef de file dont le rêve suprême est de devenir président de la planète, a effectué récemment un parcours à la tête de l'Europe qui lui a permis de redresser une image partiellement écornée. Une troisième raison démontre le peu d'intérêt que l'on porte à la question en utilisant l'élection européenne pour recycler des ministres en perte d'affection ou d'image. La compétence qu'ils affichent pour leur nouvelle vocation démontre le sérieux de l'opération … De toute façon, silence dans les rangs, les sondages sont favorables, alors pourquoi se casser la tête.

 

Le PS n'a pas intérêt non plus à faire trop de vagues. Au moment où il tente de se reconstruire péniblement sur le champ de ruines des présidentielles, mieux vaut ne pas trop se souvenir des clivages importants qui se sont produits dans l'édifice au moment du TCE. Il se lance certes en campagne avec un discours musclé, très volontariste, très unitaire, mais essentiellement réformiste et évite soigneusement les questions qui pourraient fâcher. La campagne européenne est avant tout destinée à dénoncer les dérives de la droite en charge de l’hexagone, ses erreurs, son bilan catastrophique… Le discours est fédérateur, en surface, mais on ne touche pas à l'essentiel et on ne parle surtout pas de remettre en chantier tous les textes fondateurs qui précisément font problème. En réalité on s'abrite derrière le prétexte européen pour faire du franco-français.

 

Côté MODEM, le panache blanc du béarnais de la plaine de Nay connaît un regain d'activité, toujours de la part des officines de sondage, ou  grâce à elles, c'est selon. Il paraît qu'il talonnerait de très près l'ex-candidate socialiste à la présidentielle. Il est vrai que la reconversion récente de cette dernière dans l'art de manier le pardon à tout vent, la rapproche spirituellement du voisin de Bernadette Soubirous. En attendant de gouverner ensemble. Bref, le danger doit être suffisamment grand pour qu'on en prenne ombrage en haut lieu et qu'on interdise à une chaîne prestigieuse, d'accueillir en prime time l'auteur du dernier brûlot anti sarkozyste. Au fait, le père François il court après quoi exactement ? La notoriété médiatique ? Ou son implication effective dans les problèmatiques de terrain, … qu’elles soient européennes ou paloises …

 

Un peu plus à droite on retrouve un chevalier vendéen grand pourfendeur d’Europe associé pour la circonstance à une fine gâchette, et là on est parti pour tirer les pigeons, les perdreaux et autres volatiles. Mais le Jean-Marie toujours vivace malgré son âge canonique ne loupe pas une occasion de tenter lui aussi de se redorer une cerise légèrement ternie par le titulaire du poste suprême qui lui a coupé depuis belle lurette la laine sur le dos de ses thèmes favoris.

 

 

Allez il faut bien se compter de temps en temps, et comme avec l'Europe on ne prend pas trop de risques. On sort la règle à calcul en vue des échéances plus lointaines.

 

Dans le genre, la préoccupation du comptage est passablement transversale sur l'échiquier politique.

Ce n'est pas le PC qui dira le contraire. En la circonstance il a trouvé un allié conjoncturel avec le nouveau parti de gauche, ils sont deux au moins à pouvoir rechercher un score. L'un parce que sa notoriété fluctue largement au hasard de ses alliances, l'autre parce qu'il a un besoin crucial d'exister.

 

Les écologistes, sous la houlette de Dany et de José ont tenté de réunir la famille écolo sous la même bannière. Il sera curieux d’observer leur performance. Toutefois ils ne peuvent plus revendiquer l’exclusivité de la couleur verte que toutes les formations leur disputent aujourd’hui, à tel point que le véritable parti majoritaire en France et en Europe devrait être celui qu’ils prétendent incarner. Ils sont porteurs surtout d’une belle incertitude.

 

Enfin, le NPA, (Nouveau Parti Anticapitaliste) nouvellement créée comme son nom l'indique, derrière l’emblématique facteur, pourrait faire exploser son chiffre. Il incarne par ses positions plus tranchées vis-à-vis de l’Europe, notamment avec la rupture qu’il préconise avec le capitalisme, une alternative dans la partition ambiante. Les dures réalités de la crise économique sont de nature à lui attirer une écoute amplifiée de la part de ceux qui en sont les victimes directes, et un succès dans les urnes.

 

 

Une crédibilité en perte d’image et de substance.

 

Au bout du compte tout cela n’incite pas à garantir un renversement de tendance vis-à-vis de l’intérêt que l’on peut porter au scrutin du mois de juin. Il est clairement établi que personne n’y attache le sérieux qu’il conviendrait. En premier lieu les formations politiques pour des raisons que nous avons passées en revue et qui touchent très majoritairement aux questions de politique intérieure sous le couvercle de la marmite européenne.

 

Dans un autre registre, la crédibilité du parlement européen peut aussi se poser, bien qu’on nous assène ici et là que ses pouvoirs ne font qu’augmenter en face de la technostructure européenne. En la matière une anecdote significative nous ébranle fortement. Nous l’avons déjà évoquée. Comment peut-on prendre au sérieux une assemblée parlementaire qui est capable de se laisser aller à la mascarade d’une nuit de février, avec l’observation d’une minute de silence en séance, à l’attention des supposées victimes de Cesare Battisti. Les alliés circonstanciels de cette bouffonnerie recouvraient un large éventail de l’échiquier politique européen : des socialistes français jusqu’à l’extrême droite bulgare. Ce genre d’évènement n’incite pas beaucoup à manifester une grande considération pour une telle assemblée en mal de grain à moudre.

 

Alors pouvait-il en être autrement ?

 

La question mérite au moins d’être hasardée. Le journal Politis avait pris une initiative courageuse et pertinente en lançant un appel pour une autre Europe. Cet appel se situait dans le prolongement et la logique du NON au Traité Constitutionnel, il posait les bases d’une autre approche de la construction européenne. D’essence moins libérale, le projet d’Europe sociale, écologiste, démocratique et  de paix, invitait toutes les forces de la gauche de transformation sociale qui s’étaient mobilisées et exprimées à l’occasion du rejet du TCE, à poursuivre leur démarche. En effet, Bolkeistein, c’est du passé ? La braderie des services publics : une illusion d’optique ? La marchandisation de l’éducation ? de la culture ? de la santé ? Le dumping social ? les délocalisations : une vue de l’esprit ? Etc… etc…

 

Il demeure une contradiction entre la dispersion des acteurs politiques qui cultivent l’art de s’éclater dans une myriade de formations incapables de fédérer leurs énergies dans un projet plus large susceptible de faire varier les lignes, et la cohésion pourtant réelle de ces mêmes composantes autour des problématiques locales. C’est à croire que finalement l’envie de faire bouger les situations n’est pas encore assez mûre, ni partagée. Comment pourront se transcender les patriotismes étriqués d’appareils soucieux d’exercer « un pouvoir » aussi désuet qu’inefficace en attendant l’émergence d’une réelle volonté politique d’accéder AU POUVOIR ???  

 

Pour terminer, nous avons revisité le site d’Etienne Chouart, Professeur de Droit Constitutionnel (http://etienne.chouard.free.fr). Son site continue à proposer de nombreux développements depuis que son travail sur le TCE lui a assuré une notoriété certaine. C’est une mine de renseignements pour quiconque souhaite approfondir son approche de la question européenne.

 

Histoire de voter en sachant pour quoi, car il ne viendrait pas à l’idée de conseiller de ne pas se déplacer, ce qui ne facilite pas nécessairement la réponse à la question  pour qui ?

 

YANDE