A travers ses 70 associations départementales implantées sur l’ensemble du territoire et les DOM, le Planning Familial, Mouvement féministe et d’éducation populaire agit depuis plus de 50 ans pour le droit des femmes, pour le droit de choisir…

Il agit aussi pour une transformation sociale nécessaire à la disparition des rapports de domination du masculin sur le féminin, afin que les personnes puissent vivre leur sexualité sans contraintes, sans violences ni dépendances.

Pour le Planning Familial, la maîtrise des questions liées à la sexualité va de pair avec la conquête des droits des femmes. Son histoire récente démontre que sur ces questions rien n’est jamais définitivement acquis et nécessite une vigilance incessante.

 

L’asphyxie programmée des associations

 

Depuis quatre ans, la démonstration est faite que les pouvoirs publics affichent leur manque de considération vis-à-vis du Planning, comme de bien d’autres organisations. Cela se traduit par une baisse des subventions, notamment des subventions de fonctionnement.

Le phénomène est bien connu, et nombre d’associations d’éducation populaire sont progressivement asphyxiées par cette évolution qui accompagne, sous couvert de législation européenne,- entre autre - la disparition de services publics.

Cette démarche insidieuse s’accompagne d’une proposition dévastatrice qui consiste à demander aux intéressés de « monter des projets ».

C’est le procédé idéal pour plonger dans la précarité des associations comme le Planning qui voient ainsi fondre leur moyens de fonctionner, en particulier en les privant de personnel permanent salarié. L’autre risque de ce glissement c’est de devenir des prestataires de services.  En d’autre termes si le « projet » est jugé intéressant, on lui octroie des moyens, mais attention, rien n’est inscrit dans la durée. Il faut ajouter à cela la différence de traitement entre le milieu rural et le milieu urbain avec une baisse spectaculaire des subventions destinées aux campagnes. Merci Hortefeux. La loi Neuwirth attribuait le droit aux Centres de planning Familial d’être rémunérés par les DDASS, là encore la chute est vertigineuse. Avec une baisse de l’ordre de 40 % des aides publiques, bon nombre de centre sont appelés à disparaître.

  

L’abandon de la prévention au profit de la criminalisation

 

Ainsi comme le constatent quotidiennement les animatrices du Planning, cette politique qui abandonne en fin de compte, la prévention pour privilégier la répression et la criminalisation, sous-traite l’action sociale à des entreprises privées dont la finalité est le profit. La même soif de profit qui est à la base de la crise financière et économique que nous traversons.

Les permanences du planning familial sont un lieu d’observation des réalités du moment. Parmi les thématiques abordées par les femmes et les hommes qui passent dans ces permanences, la précarité est en forte hausse, avec son cortège de souffrances et de dégâts dans la vie familiale et affective.

De ce fait le planning familial s’associe aujourd’hui à l’appel des organisations syndicales afin de protester contre une politique aux conséquences désastreuses caractérisée par :

- la remise en cause la cohésion sociale par l’abandon des associations, du travail social, de l’éducation par la négation du travail du mouvement d’éducation populaire,

- le diktat de l’économique

- la dégradation de la solidarité

- les média muselés, une justice partisane, etc.

 

Ce n’est pas en privatisant les réponses, en réduisant – voire en supprimant - les financements publics affectés aux actions de prévention, de sensibilisation, de formation, que cette société va évoluer vers plus de justice, de solidarité et d’égalité.

 

Le soi-disant « gain budgétaire » réalisé sur le dos des associations et des services publics, en bref des secteurs économiques non lucratifs, se paiera dans les coûts de la répression et de la sous-traitance au secteur privé.   

La crise financière, économique et social ne fait qu’aggraver la situation. Ce sont toujours les plus fragiles sont encore plus fragilisés. Quand on voit l’obstination de Sarkozy à démanteler la fonction et les services publics il y a de quoi s’inquiéter : les femmes doivent déjà par exemple, aux deux bouts de la chaîne, pallier les carences d’un véritable service public de la petite enfance d’une part, et l’absence notable d’un service public national pour les personnes âgées.

  

 

L’information sur la sexualité : une priorité

  

Comme il est possible de le constater le Planning Familial est largement investi dans un combat social centré sur l’égalité des droits. Pour autant son activité originelle demeure d’actualité avec la prise en compte de toutes les sexualités, l’accompagnement dont le choix d’une contraception, l’écoute et l’orientation pour une démarche d’IVG, l’échange de paroles sur la sexualité, la lutte contre le sida et les I.S.T.

 

En matière d’IVG, le Planning apparaît encore comme le dernier recours. L’IVG, malgré la quantité d’interventions pratiquées chaque année, (de l’ordre de 200 000), est toujours un tabou, qui n’est jamais vécu dans une logique de prévention mais dans une logique de culpabilisation. Pourtant, dans la vie sexuelle d’une femme, entre 15 et 50 ans, la probabilité d’un « accident » sur une période de 35 ans d’activité sexuelle, est loin d’être négligeable. On se trouve dans une logique sexualité / contraception /avortement … où la sexualité reste aussi un tabou, la contraception, une injonction, l’avortement la sanction après une « faute » !!!

Comme par hasard il est toujours question de la responsabilité de l’ovule, alors que le spermatozoïde est dépourvu de toute responsabilité dans ces situations dramatiques.

C’est la raison pour laquelle le planning familial met l’accent sur la parole dans les séances d’information qu’il met en place auprès des collégiens notamment. Il s’agit alors de mettre des mots sur : la sexualité, les rapports garçons et filles, la responsabilité commune par rapport à la sexualité, poser aussi la question des émotions, des envies. Bref ne pas aborder uniquement la question sous l’angle de l’information scientifique comme elle est inscrite dans les programmes, et distillée généralement dans les cours de biologie.

  

L’IVG une question toujours sensible.

 

La question importante qui demeure est celle de l’IVG. La loi de 2001 à instauré l’IMG, c’est-à-dire l’interruption médicalisée de grossesse. Ceci avait pour but de prendre en compte les délais dépassés (au-delà des 12 semaines) en invoquant deux raisons essentielles. La première la malformation du foetus, la seconde pour raisons psychosociales : grande détresse, dépression, perturbation importante  dans la vie de la personne concernée. En réalité dans les faits, il est quasiment impossible d’obtenir une IMG. Cela suppose en effet le passage devant une commission située à Bordeaux constituée de médecins, de psychologue… C’est-à-dire un dispositif particulièrement dissuasif pour les femmes concernées, à défaut de pouvoir dire pour les couples concernés. La diversité des situations est aussi à prendre en compte selon que l’on est une femme bien informée, ou une adolescente dont la sexualité n’est pas reconnue.

 

Le Planning souhaiterait une évolution de la loi avec un passage de 12 à 14 semaines du délai où une IVG peut être pratiquée. Se pose alors le problème des médecins qui acceptent difficilement cette évolution de 12 à 14 semaines. D’autre part on trouve de moins en moins de médecins qui acceptent de pratiquer des IVG, certains départements sont même considérés comme sinistrés à cet égard. S’ajoute à cela le fait que cet acte n’est pas du tout valorisé sur le plan de sa tarification… Tout ce contexte fait que l’accueil des femmes demeure toujours empreint d’une culpabilisation appuyée lorsque le recours à l’IVG s’impose.

On peut également ajouter le cas délicat des femmes sans-papiers dans la mesure où la carte d’identité et la carte vitale sont exigées. En matière d’IVG il faut encore évoquer les solutions proposées par l’Espagne ou d’autres pays voisins.

 

Le Planning Familial plus de 50 années après sa création doit donc toujours développer une action au niveau de l’information sur la sexualité et la contraception, mais les actions de terrain sont de plus en plus empreintes et orientées vers cette recherche  de l’égalité entre les sexes.  Ce chantier immense est loin d’être terminé.

 

 Yandé