Edito - Février 2010
Bouillon de Culture
D'abord, la culture est, quand même, comme disait ma grand-mère, l'un des Pivots de Factotum. Ensuite, cette même culture, massacrée comme elle risque de l'être sous couvert de réformes des collectivités locales, est en train, dans notre Sud-Ouest si gastronome, de passer d'une gouleyante garbure à un bouillon aseptisé, délesté de toutes les aspérités qui en font le charme.
Dernier point, comme l'aurait dit Godefroy du même nom (Premier roi chrétien de Jérusalem, passé aux oubliettes de l'Education Nationale bien avant la disparition de l'Histoire chez les scientifiques), la récente, douloureuse et passionnante expérience de "Ma Cavale", pièce brillamment interprétée et mise en scène par l'équipe du Gai SaVoir théâtre, remet à la surface les problématiques liées à la création et à la curiosité intellectuelle. Donc, un spectacle autour d'une oeuvre écrite par Cesare Battisti - ce qui équivaut, déjà, à un contexte chargé. On ajoute une médiatisation faite autour de l'auteur et non pas du parti pris artistiques. On termine avec une atomisation de l'offre culturelle le même jour, avec Dutronc en point d'orgue de cette folle journée du 23 janvier. Conséquence logique : un moment de théâtre original, déroutant parfois, un travail sonore sortant de l'ordinaire, avec une utilisation du "off" singulière et justifiée, magnifiant toute l'humanité de Cesare Battisti qui transparaissait dans son livre et, pour finir, un Théâtre Saint-Louis qui sonnait creux, essentiellement garni par les membres historiques du Comité de Soutien mis en place dès 2004. Et l'on se repose les questions habituelles : comment une oeuvre artistique exigeante peut-elle être portée sans mettre en péril la structure qui l'accueille ? Quelle implication est-on en droit d'attendre des collectivités locales ? Comment amener le public à sortir des sentiers battus et des boulevards du show-biz ? Vaste débat qui faisait l'objet d'un dossier en 2007 et qui refera surface dans l'un des prochains numéros de Factotum. Les enjeux sont immenses. Elus, intermittents et associations ne pourront pas faire l'économie d'une réflexion rapide sur ce qui attend le monde la culture. Et Factotum sera là pour en être l'initiateur, si nécessaire.
Pierre de Nodrest
PS : Il est prévu de réaliser une "compilation" des textes parus dans Factotum depuis 2004 au sujet de Cesare Battisti. Les personnes intéressées par cette édition peuvent nous joindre et se manifester en nous contactant sur notre boîte mail fac.totum@orange.fr - 05 59 30 90 30
Factos et Tumeuses du beau sapin, roi des forêts et plus, si affinités!
Comme vous le savez très certainement depuis le temps que nous nous fréquentons, ces fêtes hivernales et moi ne faisons pas très bon ménage. Et Noël, plus particulièrement. La famille étant le lieu de tous les dangers affectifs et, dans le même temps, l’irrésistible pôle sans lequel rien n’existe, donc, à la fois tempête intérieure et rocher contre la même, une fois de plus, je suis mal barrée!
D’aucuns me comprendront sans doute et cela me console... En attendant cette réunion qui me controverse l’âme, allons voir dehors si nous y sommes.
Moi, si j’y suis, c’est pour faire cette promenade émerveillée dans la pinède, les chênaies et la rivière, aux abords de bayou surlignés de neige. Ou retrouver la plage, les vagues grises et bleues, la lumière dorée au ras du sable, les rides ourlées de blanc. Le froid qui pique et rougit le nez et les joues. Juste pour le plaisir.
Et, c’est toujours en me baladant que me viennent les idées les plus passionnantes. Telles ces dix bonnes -enfin, c’est à vous de voir- résolutions pour cette nouvelle année. Adunque, signorini, ecco :
RÉSOLUTIONS 2010
1° Se tenir aux dites résolutions.
2° Ou prendre le courageux parti de ne pas en tenir compte.
3° Arrêter impérativement d’utiliser « solutionner » pour « résoudre ». Les résolutions n’en seront que plus fermes et surtout votre français plus décidé et ça, par les temps qui galopent, c’est révolutionnaire!
4° Cesser d’utiliser les formules telles que « Y’a pas de problèmes, y’a que des solutions », « Alors, en forme ?» et « Rien que du bonheur! » ainsi que leurs variantes, tellement fatiguées qu’elles te décourageraient même un adepte aveugle, sourd et muet sarkozyste du « travailler plus... etc ».
5° Chaque fois que cela est possible, respirer, respirer, respirer. En marchant. Sans oublier de sourire, sourire et de dire bonjour à tous ceux que vous croisez, même à ceux qui vous paraissent, comme ça, à priori, le plus éloignés de la Pensée Factofumeuse.
6° Refuser d’avoir des à priori à priori et même après.
7° Manger moins, moins pire, rire plus et boycotter le boycottable.
8° Se trouver un boulot où on est payé pour rire, je n’ai pas dit faire rire, et pas forcément clown ou fou.
9° Aller voir ailleurs si on y est et même si on n’y est pas. Y aura toujours quelqu’un d’autre ou quelque chose à découvrir et à aimer. Bref, prendre la « route »!
10° Finir d’exhaler ces vapeurs d’alcool qui risquent de mettre le feu à toutes les poudres mais découragent vivement l’approche de l’élu(e), même aussi imbibé(e). Ou continuer à boire mais arrêter de croquer de l’ail cru sous prétexte que ça fouette le sang et éloigne les vampires. D’ailleurs des vampires, y’en a plus. Quoique....
Miss Mart et Facto.
DECEMBRE
Quand les informations se télescopent…
Le gouvernement a décidé de « jouer la carte identité », cette information tombée ce matin me laisse perplexe. Allez dire à tous ceux qui attendent leur carte d’identité nationale, et à ceux qui ne l’auront jamais, qu’ils s’engagent dans une démarche ludique et vont participer à un jeu de hasard !
Merci monsieur le Ministre d’apporter un peu d’humour en ces temps de grisaille.
Et comme cela ne suffisait pas, le voilà qui développe son concept d’identité nationale : les valeurs, les principes, et la langue française en premier lieu. Que dites-vous, monsieur le Ministre ? LA LANGUE FRANCAISE ! Vous dites faire d’énormes investissements sur l’apprentissage de la langue française et la lecture ? Avec qui et comment donc ? Il vous aura sans doute échappé que votre collègue de la Culture vient de supprimer la Direction du Livre, et que des milliers d’auteurs, de professionnels et d’associations en sont à se poser la question de leur survie. Vous trouverez certainement une réponse, à défaut de solution, et de toutes façons le Grand Ordonnateur requalifiera toutes ces fadaises…j’ai une pensée pour Marie N’Diaye, j’espère qu’elle ne vous entend pas depuis Berlin.
Un peu plus tard, une autre information relative au cinéaste franco-américain relâché de sa prison Suisse est développée. Le journaliste envisage sa fuite en France et semble l’espérer, car « l’Etat français n’extrade jamais ses ressortissants ». Merveilleuse France « terre d’accueil et d’asile ». Les mauvais esprits penseront immédiatement que c’est une bonne et suffisante raison, pour éviter de donner la nationalité française à n’importe qui…Avez-vous remarqué comment on qualifie certains ? Il y a les franco-américains et la franco-colombienne, mais jamais de franco-algériens ou de franco-sénégalais.
Mais oui, monsieur le Ministre, je suis d’accord avec vous : on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. On peut juste l’exploiter, lorsqu’elle est déjà chez nous, et continuer à ignorer les travailleurs sans papiers qui cotisent pour la sécu, paient leurs impôts et se font botter le cul par des patrons véreux. Ils pourraient vous en parler de l’identité nationale, mais je doute qu’ils participent à votre Grand Débat National.
J’ai un ami, qui avait obtenu la nationalité française, après de longs mois de démarches. En février 2004, il surveillait sa boite aux lettres où devait arriver le précieux sésame. C’est là qu’il a été arrêté. Par quel tour de passe-passe, sa naturalisation a t-elle été retirée du Journal Officiel qui devait terminer le processus ? Mystère …. Un jugement du Tribunal de Nantes, quelques mois plus tard, a mis en demeure l’Etat Français de procéder à cette parution. Jugement non suivi d’effet. Mystère… Non, l’Etat Français n’extrade pas ses ressortissants mais peut les contraindre à disparaître.
Ce serait quand même fort de café (brésilien !), si on se rendait compte que le détenu qui croupit depuis trois ans dans la prison de Papuda à Brasilia, est un ressortissant français ! Ainsi, Cesare Battisti, notre compatriote français, avait choisi de faire confiance au Pays des Droits de l’Homme et des Lumières, à la France terre d’accueil, et à la trilogie des frontons de nos mairies : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE…
Marianne
Factos et tummeuses chéris et d’automne,
Tandis que les arbres rougeoyent, que les campagnes brumoyent, que la lumière baissoye, (Barbe Bleue, vous avez lu ?), la croissance décroye. Cette dernière invention à la fois lexicale et orthographique me permet de placer une de mes idées favorites sans lesquelles ce journal ne saurait être ce qu’il est.Qu’on n’arrête de nous assommer avec la CROISSANCE comme si continuer le cycle calamiteux production /consommation/gaspillage/pollution avec tout ce que cela entraîne d’injustices était souhaitable et possible !
Alors, « décroissance » est peut être un terme mal choisi car il évoque immédiatement la bougie, la dynamo pédalage bicyclette, voire le nid douillet des cavernes, à ceux qui n’ont pas tout compris. Mais il a au moins le mérite de s’opposer avec netteté à l’autre concept de chtarbés, précité. Vivre plus simplement, de manière plus écologique, boycotter certains produits, est-ce irréalisable ? Créer un vrai droit de l’entreprise, cogérée par travailleurs, investisseurs et collectivités publiques pour une économie plurielle, soucieuse de socio-diversité, d’environnement et associée à des projets culturels, est-ce irréaliste ? Un droit, en résumé, au sein duquel aucun acteur n’ait le pouvoir d’imposer sa volonté aux autres.
Car si nous laissons à celui qui a l’argent ce pouvoir-là, c’est à dire tout le pouvoir, sommes nous encore en démocratie ? Lorsque les Biens Publics tels que l’eau, l’électricité, la poste, l’hôpital, l’école bientôt, sont enlevés au public justement, à nous donc, qu’en reste (ra)-t-il ?
Ces réflexions, inspirées aussi, par le livre « Être plutôt qu’Avoir » d’un Jacques Généreux qui porte bien son nom, nous essayons de les répercuter à notre manière, ici, dans le Journal. En faisant écho, ce mois-ci, à l’anniversaire du Kiosque, qui regroupe les luttes de plusieurs associations, à la Fête des Continents d’Afrique, ouverture sur ces pays qui ont beaucoup à nous apprendre, mais aussi à l’appel au civisme qui commence lorsque le citoyen franchit le pas de sa porte avec son chien…. !!!
Et, pour finir en beauté, j’aimerais vous rappeler l’article 35 des Droits de l’Homme : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. ». À toutes fins utiles, « s’insurger » est le contraire de « se soumettre ». À bon lecteur-entendeur, salut !
Miss Mart.
