EDITO AVRIL
Non, je n’irai pas voir La Rafle. Je commence à en avoir par-dessus le ciboulot de ces tire – larmes passéistes. N’est-on pas, en France, capable de trouver des sujets qui feraient appel à un peu d’imaginaire ? Ou alors, quitte à travailler la matière historique, pourrait-on un jour s’intéresser à d’autres moments qui n’ont pas vraiment fait l’objet de fictions, comme la répression des Algériens à Paris par le Préfet Maurice Papon en 1961 ou le massacre des Malgaches en 1947 qui coûta la vie à quelque 89 000 personnes ? Je sais, on va encore dire que je vois le mal et l’instrumentalisation de l’histoire partout. Mais ce film vient après la Lettre de Guy Moquet, après le parrainage (avorté) d’enfants juifs par des élèves français, après le remplacement annoncé des Pensées de Pascal par les Mémoires du Général de Gaulle au programme de Français en classe de terminale, après l’édulcoration de certains thèmes dits sensibles en économie au lycée. L’Histoire est devenue un enjeu majeur dans le processus de notre lobotomisation annoncée, un outil précieux et indispensable pour occulter, manipuler, désenseigner. Pour, au final, éroder ce qui fait notre force la plus précieuse : notre sens critique. Je n’irai pas voir La Rafle. J’irai baguenauder quelque part, entre Pau, Bayonne, Tarbes et Bordeaux, entre Méliès, Atalante, Parvis et Utopia, découvrir des cinémas d’auteur qui remettent en question, font rire, font réfléchir.
Non, je n’irai pas voir La Rafle.
Pierre de Nodrest