De la magie au quadrillage
La peur au ventre, les aventuriers plantaient leurs ongles dans le bois du pavois. Des vagues hautes de plusieurs mètres secouaient le bateau comme une coque. Beaucoup coulaient, la plupart perdaient pied : ne trouvant rien, ils restaient accrochés quelque part au flanc d’une falaise, ou finissaient leur vie sur la place d’un village d’Amazonie, racontant chaque soir la même histoire, dans une langue que les enfants ne comprenaient pas.
Pourtant quelques êtres exceptionnels, portés par la chance et une conscience aigüe de leurs intérêts, par cette sorte de délire qui leur avait fait comprendre que tout est possible, dès lors que l’on a accepté de ne plus compter que pour soi, quelques êtres exceptionnels ont passé la barrière : ils ont re-façonné le monde à leur image. C’est ainsi que le temps a fondu, que la planète s’est rétrécie jusqu’à effacer de ses plages cartographiées le moindre espace de mystère. Le parfum enivrant de l’infini s’est dissipé dans la lumière crue de ce que l’on appelle actualité : pour rester concrets, nous dirons que le merveilleux s’est arrêté à la porte des banques. Et même la montagne s’est abaissée, couverte de pistes et de pylônes, et, quand la brume monte, on entend à présent les touristes imprévoyants appeler sur leurs portables leurs agents d’assurance.
Nous sommes passés sans transition visible de l’infiniment grand à l’infiniment petit. L’homme moderne, que l’on appelle désormais citoyen, est devenu libre d’aller et d’agir, dans un espace qui s’est contracté aux limites d’un atlas routier. Le cinémascope a eu raison de l’immensité. C’est donc sans doute dans le minuscule, dans le fragmentaire, bien en deçà de nos capacités de vision que se niche l’aventure, micrométrique, où nous ne bougeons plus pour mieux fixer le vivant, l’ultime trace de vie, l’oeil fixé sur l’oculaire.
Pendant ce temps, derrière nous, notre pays est devenu une immense caserne.
Jean-Luc Vertut
Identité Nationale
Le 2 novembre 2009, le ministre UMP Eric Besson a lancé un grand débat sur l’identité nationale, affirmant vouloir valoriser la République et la fierté d’être français. Ce sujet ne peut pas laisser les militants de LIBERTAT insensibles ni sans voix.
Nous voulons rappeler qu’à la veille des élections régionales, M. Besson en annonçant cette initiative, met en place une stratégie électorale des plus honteuses afin de s’assurer du soutien de l’électorat de l’extrême droite. Nous insistons sur le fait que ce type de débat à des visées purement racistes.
De quelle identité nationale veut parler M. Besson ? L’Etat français est une des plus vieilles terres d’accueil de l’Europe. Les grands principes de la Révolution française exacerbent cette image, celle d’une terre d’accueil pour tous les laissés pour compte. Pourtant au cours de sa petite histoire, l’Etat français n’a jamais appliqué ces principes. Il n’a eu de cesse d’uniformiser, de contrôler, de coloniser les esprits et les hommes. Nous occitans, avec tous les peuples en lutte d’Hexagone et d’Outre Mer, ainsi que tous les fils et filles d’immigrés, voulons revendiquer notre différence. Nous sommes tous porteurs de diverses identités et nous souhaitons le clamer haut et fort. L’identité nationale française n’est qu’une chimère que nous renions.
M. Besson et derrière lui tout le gouvernement en place souhaitent imposer une vision unilatérale et hégémonique de la citoyenneté. Nous voulons rappeler qu’une identité n’est pas un bien matériel, qu’on ne peut la contrôler et encore moins la renier. De la diversité nait la richesse, refuser cette diversité c’est refuser la différence de l’autre, la rejeter. N’est-ce pas là une position purement raciste ?
La France ne fait que poursuivre sa politique colonialiste sur son territoire. Elle tente encore et toujours de contrôler les esprits, de leur arracher leur identité particulière pour les contraindre à assimiler une identité française factice. Le fait d’imposer dans les écoles des programmes d’histoire formatés et mythifiés afin d’ancrer dans les esprits une vision nationaliste de la France est honteux !
En tant que mouvement internationaliste, LIBERTAT ne se retrouve pas dans l’union sacrée de la nation tant prônée par les partis politiques actuels, de droite comme de gauche. Occitans, Bretons, Corses, Basques, immigrés, faîtes entendre votre voix, faîtes valoir votre droit à la différence !
C’est pour cela qu’aujourd’hui LIBERTAT lance cet appel: investissons le débat. C’est à nous de créer des espaces publics d’échanges, à nous d’inviter tous ceux qui veulent débattre à s’exprimer librement ! Face à la censure, prenons nos responsabilités, ne restons pas muets !
Libertat Bearn.

