Les Allergies en progression

 

préoccupante

 

 

A l’approche des 4èmes journées Nationales sur l’allergologie, un médecin spécialiste de Tarbes, le Docteur Jacques Gayraud, a bien voulu faire le point sur les questions posées par la montée des allergies dans la société en ce début de 21ème siècle.

Malgré le coup de pouce donné à l’occasion du Grenelle de l’Environnement, avec le lancement de divers programmes de recherche, l’allergologie demeure un parent pauvre dans le domaine médical. Sa reconnaissance par les instances de la Santé n’est pas acquise, quant au traitement qui lui est réservé sur le plan de la formation universitaire, on ne peut pas dire qu’elle traduit une grande marque de considération. Pourtant les allergies progressent de manière spectaculaire et les prévisions laissent entendre que près de la moitié de la population sera atteinte d’allergies d’ici 2020.

Pourquoi rencontre-t-on tant d’enfants allergiques ? Si les enfants et les adolescents sont les premiers touchés, maintenant de nombreux adultes deviennent allergiques et même des personnes de 80 ans qui ne l’ont jamais été auparavant.

 

Trois explications sont avancées :

La première résulte des progrès accomplis dans la connaissance des mécanismes de l’allergie qui se traduit par une augmentation des cas identifiés.

La seconde est liée à l’évolution des comportements et des modes de vie. L’habitation est une source importante à cause de l’isolation des bâtiments, des températures, du degré d’humidité et de chaleur. La maison est donc le lieu par excellence où les acariens trouvent les conditions idéales pour leur développement et simultanément celui des allergies qui leur sont imputables.

Les allergies alimentaires progressent de manière importantes, l’arrivée massive de l’arachide par exemple créée des phénomènes identiques à ceux qu’ont connu les Etats-Unis avec une multiplication des allergies.

La transformation de l’environnement constitue la troisième cause du développement des allergies provoquées par des particules qui se propagent dans l’air et qui agissent sur le système immunitaire. Quatre particules sont particulièrement identifiées. Elles ont un rapport, - on pouvait s’en douter -, avec la circulation automobile et certaines industries. Le monoxyde d’azote (NO), le gaz carbonique (CO2), l’ozone (O3), et le dioxyde de soufre (SO2) constituent un quatuor majeur de produits impliqués dans les allergies. Ces produits s’associent aux allergènes pour les rendre plus immunogènes. Ce sont aussi des adjuvants de l’immunitaire, et enfin ce sont des agresseurs des muqueuses. Ces divers facteurs se conjuguent et favorisent une augmentation des problèmes.

 

Les agressions de l’intérieur et de l’extérieur de la maison

Il y a donc les agressions de l’intérieur et de l’extérieur. Le Grenelle a remis aussi à l’honneur des molécules dont on parlait moins, ce sont les aldéhydes et particulièrement ceux du formol très présents dans les matériaux de construction et les peintures.

Il serait utile par ailleurs de développer des recherches sur les dérivés du benzène notamment les para benzoates allergisants au contact de la peau ou encore de la muqueuse digestive. Cela concerne les cosmétiques, et les E 210 à E 219 impliqués dans les allergies alimentaires. Ces produits ont aussi une responsabilité dans le développement des cancers. L’alimentation conservée si elle présente un intérêt économique, ne doit pas masquer les risques qu’elle comporte dans le domaine de la santé.

A défaut de solides certitudes solidement étayées par une recherche appropriée,

il existe des suspicions lourdes dans des secteurs très variés.

 

Des suspicions tous azimuts

À titre d’exemple le praticien s’interroge sur les piqûres de guêpes … Pourquoi les guêpes qui ont toujours piqué, sont-elles aujourd’hui beaucoup plus allergisantes ? C’est très probablement lié à l’intervention de cofacteurs. La guêpe amène donc son venin et sans doute d’autres facteurs qui ont peut-être été piochés dans les insecticides, les pesticides… Il est troublant encore de constater qu’il y a trente ans les services des urgences étaient confrontés aux morsures de serpents, qui ont disparu aujourd’hui. Elles ont été remplacées par des piqûres d’hyménoptères (abeilles guêpes, frelons…)

Un secteur pose beaucoup de questions, celui de la vaccination. Il a été évoqué à l’occasion du H1N1 dans un contexte où l’information même des professionnels de santé n’a pas été tout à fait correcte… Il s’agit bien ici de la relation entre vaccination et allergie, si la causalité n’a pas été pleinement démontrée des convergences troublantes ont été relevées dans un certain nombre de situations qui suscitent des interrogations. Ainsi, le fait d’avoir rendu obligatoire, ou fortement recommandé, les vaccinations pour des maladies comme la rougeole, la variole, la varicelle, la coqueluche, les oreillons etc… a permis simultanément dans certains pays d’éradiquer ces maladies, et de provoquer l’émergence d’autres germes qui transforment l’immunité en allergie parce qu’on est soumis à l’action de nouveaux agents infectieux.

 

Une équipe de chercheurs allemands, avec un recul d’une vingtaine d’années, a tenté de travailler sur un modèle « hygiéniste ». Elle a développé une théorie dite « hygiéniste » avec le changement observé en particulier dans le monde agricole. On est passé de la ferme où les animaux fournissaient le chauffage central dans la maison, aux fermes aseptisées, javellisées. On constate ainsi que les enfants qui ont grandi dans les milieux plus archaïques ont développé des immunités « naturelles » qui ne sont plus observées dans les fermes modernes.

Ceci renforce l’idée que l’évolution des milieux de vie a une incidence très forte sur la résistance humaine. Sur le plan de l’allergologie dans la mesure où ces deux mondes coexistent encore, les études sont très intéressantes à pousser.

 

L’allergie et les OGM ?

Dans ce balayage sur l’allergie un dernier thème aiguise la curiosité, il concerne les OGM. Le docteur Gayraud rappelle les deux facettes des OGM. D’une part le versant positif avec les OGM développés en tant qu’outils particulièrement pertinents et reconnus comme tels dans le domaine de la médecine. D’autre part un volet préoccupant avec l’utilisation massive des OGM quand ils modifient de manière aléatoire notre environnement. En modifiant le génome on ne maîtrise pas très bien l’ensemble des conséquences. Ainsi, une étude engagée il y a deux ans s’intéresse au colza : des tests cutanés sont menés sur une période de cinq années par les allergologues afin de voir si ce colza OGM a engendré une plus grande allergie.

 

Quelles précautions peut-on dès lors recommander ?

Le Docteur Jacques Gayraud propose quelques pistes … En premier lieu il est conseillé de ne pas chercher trop de sophistication : il ne s’agit pas de laisser les maisons sales, mais à l’intérieur, d’y laisser vivre les enfants naturellement, de ne pas se précipiter sur les antibiotiques tout de suite, afin de permettre à leur immunité de se construire progressivement au hasard des petites infections.

Par rapport à la nature il recommande de ne pas « stresser » les produits, les plantes,… De nombreux allergènes sont des protéines de stress, on les retrouve dans les produits allergisants, c’est la même chose pour les céréales, les fruits.

Au-delà des précautions suggérées au travers des points abordés, il s’agit encore de s’intéresser à ces produits qui figurent en petits caractères sur les étiquettes, 13 d’entre eux viennent de faire l’objet de déclarations obligatoires, il reste du travail à faire encore sur la quantification de ces « traces ».

 

Comme on le constate, autour de l’Allergie, de nombreuses questions sont donc

posées, tant pour les professionnels et les chercheurs que pour le grand public.

Ce dernier est invité à rencontrer les praticiens et à s’informer à l’occasion de

ces journées de l’allergologie prévues dans une cinquantaine de villes de France

le 23 mars 2010.

 

Propos recueillis par Maïté Inchauspé et Jean-Pierre Laclau