Texte n°15

 

Cahier de chroniques de la mémoire n°3 de François Mazou

 

 

Le glas sonna à MUNICH, la chute de la République,

 la victoire de la dictature

 

La victoire du Franquisme : c’est le triomphe de la « non intervention », elle a protégé Franco et gardera sa permanence jusqu’à sa mort.

En France, en avril 1938, la chute du second cabinet Blum marque le décès officiel du Front Populaire. L’acheminement clandestin d’armes par les Pyrénées devient alors pratiquement impossible. Six mois plus tard, après l’échec de l’offensive républicaine de l’Èbre, le président Juan Négrin propose à la S.D.N* le retrait des brigades internationales.

Le 28 octobre 1938 les internationaux défilent sur les Ramblas, le jeune andalou « guardia d’asalto « de la république Christobal Andrades* présent témoigne : « Les yeux embués de larmes les Brigades Internationnales ne veulent pas laisser mourir cette fraternité qui les lie au peuple espagnol et avec qui ils ont défié les armées Fascistes et Nazies de l’Axe. L’espoir qui les animait : abattre la bête immonde avant qu’elle n’embrase le monde, ce n’était pas un « pis aller «. De septembre 1938 à la conférence de Munich, les gouvernements de la Grande Bretagne (Chamberlin ) et de la France (Daladier) acceptent les exigences de Mussolini et d’Hitler concernant leur renforcement vers l’Europe de l’Est. La Grande Bretagne et la France, après l’Autriche, abandonnent la Tchécoslovaquie, leur alliée, démembrée au profit du III éme Reich.

 Le 6 décembre 1938, les gouvernements français et allemands signent même une « Déclaration commune de bon voisinage «. Février 1939 chute de Barcelone, les gouvernements de Grande Bretagne, de France et des USA reconnaissent officiellement la junte de Franco comme gouvernement légitime. Ouf ! Il s’en est fallu de peu, la bourgeoisie européenne fidèle à elle-même respire. Pour elle oui c’est un moindre mal plutôt Franco que « el frente popular «. « La non-intervention « souhaitée par le Royaume-uni et la France, relayée par les démocraties européennes drapa l’Espagne d’un sordide linceul d’une bien étrange trahison. Suivront quatre décennies de dictature fasciste après une guerre d’un million de morts et d’un demi-million de réfugiés.

 

D’abord ils ont assassiné Lorca (1936), puis ils sont passés (1939), à présent ils vont gouverner (1939 /1975)

Ma croisade qu’on ne s’y trompe pas, c’est la résurrection du Bien contre le Mal, c’est une mission divine livrée dans un temps qui n’appartient qu’à dieu, qui subordonne à l’acte sacré tous les soldats du Christ Roi sans exception, leur ordonnant de mettre du cœur à l’ouvrage mais aussi les mains à la pâte - le temps de se laver les mains, d’essuyer les éclaboussures de sang sur les chaussures et sur le visage, et les experts en stratégie du chaos sont prêts pour traiter toutes les questions diverses sur les complexités de la guerre contre la chienlit de la terre soutenue par des démocrates cosmopolites et véreux -. Qui osera encore, après que notre victoire nous aura donné raison, prononcer encore le mot «communisme» ! 

C’est ce qu’aurait pu écrire Franco. Je doute que son intellect étroit et puritain lui ait un jour permis de sortir de cette analyse d’un prosaïsme aussi vulgaire. C’est une analyse en fil tendu qui ne lui permet pas de sortir de la parabole du bien et du mal qu’il affectionne comme une mission de dieu. C’est d’ailleurs ce qu’il va focaliser pendant les longues années de son règne despotique aussi violant qu’aux premiers jours de son pouvoir et jusqu’à sa mort, parce qu’il aura gouverné une Espagne en équilibre constant sur le fil d’un rasoir.

S.D.N* : la Société Des Nations

 

Déclaration de principe d’un fascisme inouï

« Notre victoire signifie une restauration de l’unité nationale qui est menacée par des traîtres séparatistes… C’est la gloire des Espagnols de porter à la pointe de leurs baïonnettes la défense de la civilisation, de maintenir une culture chrétienne, de maintenir une foi catholique «… La guerre d’Espagne n’est pas une chose artificielle ; c’est le couronnement d’un processus historique, c’est la lutte de la patrie contre l’anti patrie, de l’unité contre la sécession, de la morale contre le crime, de l’esprit contre le matérialisme, il n’y a pas d’autre solution que le triomphe des principes purs et éternels sur les bâtards et les anti-Espagnols.

(Déclaration à l’agence Havas le 27 juillet 1938)

 

La bataille décisive : L’Ebre

Nous avions un moral de vainqueur, vouloir gagner la guerre impliquait que vous ayez un moral « supérieur « (François Mazou). Les forces de l’AXE sont largement supérieures en nombre et en armement, la république espagnole engage 80000 hommes de l’armée populaire.

Le 25 juillet 1938 dès les premières heures du jour elle lance une offensive sur une ligne de front de 65 km de Mequinenza à Bénifallet. Cette témérité fut immédiatement récompensée, les combattants de la république avaient réussi l’impossible, malgré sa faiblesse logistique une percée en trois points distincts dans les lignes ennemies. « Ay Carmela « chanté dans toutes les langues du monde retentit alors, venant des zones de combat, les collines répercutaient l’écho : « El ejercito del Ebro, Rum balabum balabum bam bam, una noche el rio paso, Ay Carmela ay Carmela… prometemos resistir, Ay Carmela Ay Carmela «. Il y eut un vent de panique qui parcourut les nationalistes. Dans une grande colère Mussolini s’exclama : « Les rouges savent se battre, Franco non ! «.

 « Mais l’assaut fut donné par les franquistes, leur contre attaque va être redoutable. A Tortosa au sud, les républicains n’ont pu surprendre. Les premières lignes de la «commune de Paris»* constituent une tête de pont avec des barques pour que l’ensemble des troupes puisse passer de l’autre coté du fleuve. Le courant est extrêmement fort et les brigadistes n’arrivent pas à maintenir la stabilité des barques pendant le passage des hommes. Les mitrailleuses ouvrent le feu pendant que les embarcations continuent le passage. De nombreuses barques chavirent et les soldats sont emportés par les flots. Les barques s’enfoncent les unes après les autres dans un déluge de feu sans que les républicains puissent porter secours à leurs camarades. « De l’autre coté du fleuve ils assistent à l’anéantissement de leurs amis. Les blessés s’accrochent aux roseaux, d’autres se jettent à l’eau »… (Extrait du livre « Un automne pour Madrid « histoire de Théo combattant pour la liberté. Christine Diger, Atlantica).

Theo Francos vit à Bayonne, il cumule avec la guerre d’Espagne la prison et la résistance, dix années d’absences et de combats, il témoigne toujours et encore aujourd’hui d’une extraordinaire vivacité.

 

Théo Francos combattant de la liberté, un homme fraternel.

Théo a 95 ans est miraculé des combats des brigades internationales et des missions de commandos sous les couleurs de la France Libre. Le temps n’a pas corrodé ses idéaux, il a gardé la témérité associée à une extrême gentillesse. Pourtant la vie n’a pas été toujours complaisante avec lui, même si elle a été pour lui une grande dame protectrice à qui il doit pour le moins 7 fois la vie avec « ces blessures de guerre et cette balle logée dans le cœur depuis qu’il fut fusillé et jeté dans une fosse commune le 30 septembre 1944 à Arnheim ». Passeur de militants ouvriers rescapés de la révolte des mineurs d’Asturies écrasée par Franco en 1934 (3000morts), il fut l’un des premiers engagés en 1936 dans le bataillon « la commune de Paris ». « Il fut un héros des batailles de Madrid du Jarama de Brunete, de Belchite, victime de la bestialité des camps et des prisons franquistes. En 1940 il rejoignit le général De Gaulle en Angleterre, et fut dirigé sur l’école de parachutisme de Manchester, versé dans les commandos SAS anglais en liaison avec le B.C.R.A, formé aux missions de renseignements et de sabotages sous les ordres du capitaine Bienvenue. Il enchaîna alors les opérations de Narvik en Scandinavie puis dans le désert de Libye à Tobrouk. Dès 1942 en Belgique et en France, le parachutage à Bordeaux pour préparer le bombardement de la base sous-marine, en juillet 1943 les missions en Sicile, en mai 1944 au Monté Cassino, en août à Fréjus, en septembre à Arnheim, en novembre à Colmar… Dix années tumultueuses d’un pacifiste bayonnais d’adoption né à Valladolid, qui termina la guerre le 6 mai 1945 avec un grade de sous lieutenant et une bonne dizaine de décorations.

Aujourd’hui il témoigne inlassablement pour ses compagnons disparus en Espagne et en France, malgré l’indifférence bureaucratique que lui accorde les autorités, avec une retraite modeste et tant de combats pour la France libre, il eut de multiples ennuis pour faire enregistrer sa véritable identité… et rester dans la clandestinité sous de multiples noms d’emprunt ! » (Texte Christiane Abbadie Clerc pour l’exposition consacrée à la guerre d’Espagne et à la résistance espagnole dans le sud-ouest de la France du 1er avril au 3 mai 2004, réalisée par l’association Carl Einstein François Mazou, sous la direction de Christiane Abbadie Clerc, Conservateur en chef ex directrice de la Bibliothèque intercommunale de Pau Pyrénées * « La Commune de Paris » Bataillon des brigades internationales  .

 

A suivre Luis Léra