texte n°17 

 

Cahier de chroniques de la mémoire n°4 

 de François Mazou

 

La bataille de l’Ebre, 

le dernier espoir déchu de la République Espagnole.

Il y a des lieux que  l’histoire affectionne comme des marqueurs de réalités.  L’Espagne était un de ces espaces géographiques et stratégiques où vivaient, travaillaient, résistaient, des populations qui s’organisaient autour d’une multitude de projets révolutionnaires par la radicalisation des luttes afin d’ accéder à une démocratie pour tous ouverte à toutes les libertés fondamentales. Ce  qui inquiéta à cette époque le capitalisme mondial. Franco avec sa cohorte  d ‘assassins malfaisants armé par la « Providence », et aidé par « la non intervention » porté par un capitalisme prévoyant Européens et Américains qui ont  préféré l’ignominie fasciste, à toutes tentatives d’ émancipations de la classe laborieuse. Qu’ils enfermeront ensuite dans des régimes totalitaires et dans des démocraties libérales et anti- communiste.

Simone Weil qui a combattue trois mois aux côtés des anarchistes en Aragon dira 

« Quiconque,  peut devenir un barbare s’il obéit à des autorités temporelles et spirituelles qui ont mis une catégorie d’êtres humains en dehors de ceux dont la vie a un prix »

C’est aux progrès des sciences et des techniques, de l’appât du gain et du pouvoir que nous devons nos inhumanités. A commencer par la cupidité des hommes dans leurs capacités à générer des situations toujours plus infamantes et traumatisantes  pour le genre humain. La séparation se fait invariablement entre riches et pauvres,  pourtant issus manifestement d’une seule et même espèce. Comme si l’humanité était composée de plusieurs espèces différentes d’ individus. La droite la plus conservatrice aime  à nous rappeler sur un fond de racisme mal éteint, l’existence des Races. Tel le Front National qui en a fait sa théorie.

« Qu’il soit politique, religieux ou autre, chaque terrorisme, chaque fanatisme se nourrit à cette source d’intransigeance et n’importe quel idéal se voit perverti à partir du moment où on en fait un absolu, c’est un sujet universel, qui n’est pas propre à la problématique allemande. » (Haneke cinéaste voir son dernier film édifiant « le ruban blanc »).

Il n’y a aucun fondement sur l’existence des races mais plutôt une surenchère opportuniste ayant pour souci principal la différenciation des humains par l’ aberration d’une différence génétique. Pour aboutir enfin dans un dépotoir de la pensée d’une classification raciale, érigé en principe absolu.  Et tout cela pour alimenter un front de haine qui est aussi un fond de commerce politique. Sur le modèle de la propagande nazie et fasciste, et de quelques autres imbéciles.

Comment avons nous fait pour évoluer ?  Si d’un coté nous temporisons  nos  violences  au nom de la civilisation , et qu’au nom de la même civilisation nous étalons dès que c’est possible notre aire d’influence ; les colonies  sont l’exemple parfait des abus ignominieux encore entretenus. Oui ! nous appartenons tous à la même famille humaine d’une seule et même espèce. Comment expliquer alors ce paradoxe : que notre espèce « évoluée » se place  en haut de la pyramide de l’évolution et que nous soyons nous les hommes les plus grands prédateurs identifiés ? La civilisation ne joue pas son rôle de garde-fous, et elle est malade, surtout quand elle crée les conditions qui font qu’il y ait des riches de plus en plus riches et des pauvres toujours plus pauvres, pour motiver une séparation entre deux antagonismes de classe. En fait l’homme a inventé les sous-espèces, et l’esclavage moderne pour parer à la disparition des races, et de l’esclavage ancien.

Mao disait «  il faut guérir la maladie pour sauver l’homme »

Les  drames humains et plus précisément les premiers bombardements inauguraux sur les populations civiles comme à Guernica, Madrid , Barcelone… sont devenus des laboratoires, de la recherche du toujours plus de destructions et de victimes. Qu’est-ce que ça serait alors si nous n’étions pas issus de la même espèce ?

Les  stigmates d’une violence disproportionnée séjournent très souvent de façon définitive dans la mémoire, ainsi que les traces de mémoire  de ce qui reste d’héritage de l’histoire des hommes sans connaître encore ses turpitudes à venir qui dépasseront, si rien n’est fait, toutes les prévisions. Nous en prenons le chemin. Espérons  que l’ humanité  ne soit pas toujours attirée par la fascination de tuer.

 

La dernière bataille du front de l’Ebre

Des hommes ont subi durant 114 jours les assauts apocalyptiques d’une bataille qui a vu périr plusieurs dizaines de milliers d’ hommes . A ce niveau de la guerre  les forces coalisées Franquistes , Fascistes  phalangistes et Nazies sont largement supérieures en nombre et en armement.  Hitler et Mussolini ont des projets, ils savent à ce moment que leurs armements, sont déjà  au point et qu’il faut en finir avec cette guerre. Gagnée déjà le jour même où  des accords Français /Anglais / Européens sur  la « non intervention » ont étés  signés (août 1936) à la majorité quasi absolue des démocraties européennes. En face l’enthousiasme du peuple  paysans et travailleurs s’oppose à cette tyrannie qui composait avec les forces les plus réactionnaires  pour chasser la République. Cette République vécue comme une menace qui  pouvait devenir le  patrimoine de l’espoir de tous les esprits libres et anti-fascistes.

La  Bataille de l’Ebre sonna le dernier Glas d’une victoire désormais  impossible , décidée par une Europe résignée le cul entre deux chaises , prête pour bien d’autres compromissions.

 

La dernière résistance républicaine à la bataille de l’Ebre le 14 Novembre 1938

Alors que  l’armée franquiste tente d’encercler les troupes républicaines qui se désengageaient des zones de combats, le stratège mit en place par l’armée Républicaine fonctionna et  la tentative de la prendre de revers fut arrêtée dans la Serra de la Fatarella. Non loin de Gandesa « capitale » de la Terra Alta. Là, les républicains avaient construit tout un système de défense, inédit sur le front de l’Ebre.

Durant presque 67 ans, cette ligne défensive a été invisible et considérée comme un bateau fantôme dans l’historiographie de la bataille de l’Ebre.

C’est en 2005 qu’un groupe de chercheurs « amateurs » a réussi à localiser cette ligne défensive et le poste de commandement du 15e corps de l’armée républicaine.

Ce groupe a crée une association nommée « lo Riu association pour l’Etude du Patrimoine Archéologique et Historique des terres de l’Ebre », qui a réhabilité le lieu pour permettre des visites guidées. « La Ligne Fortifié de la Fatarella » : s’étend sur plusieurs kilomètres ,  les bunkers en béton ont été construits pour permettre la retirada de l’armée républicaine par Flix et Riba-roja d’Ebre la nuit du 15 au 16 novembre de 1938. Néanmoins ces fortifications ne se suffiront pas à elles mêmes. Elles étaient cependant nécessaires mais il fallait compter aussi sur le facteur humain. Dans un cas de figure comme celui-ci il fallait compter sur le sacrifice humain des 1000 soldats qui se portèrent volontaires. Ils furent la dernière résistance aux troupes fascistes et nazies de la bataille de l’Ebre.

Le matin du 14 novembre 1938, l’armée nationaliste forte d’un support de plus de 15 divisions, toute l’aviation, tanks et l’artillerie, tentent d’encercler les troupes de la république qui effectuent une manœuvre très complexe et à haut risque. Franco pensait qu’il allait anéantir l’armée Républicaine et il voyait çà déjà comme une promenade, cet affrontement dura 48 longues heures les1000 soldats Républicains donnèrent bien du  fil à retordre à l’attaque franquiste. Sur les 1000 volontaires il n’en resta pas un seul , ils furent tués jusqu’au dernier. L’armée Républicaine fut sauvée.

Tout cela était connu, mais depuis, personne ne les avait jamais localisé. Perdu, oublié, peut être volontairement  par peur des représailles, et la mémoire a fait l’impasse.  « La Cité Fortifiée »  fut construite par l’armée républicaine enfouie dans la forêt les ruines qui restaient avait l’aspect d’un village abandonné laissé à la merci des intempéries on y trouva une multitude de caches souterraines, un four à pain, des chemins empierrés.

 

Le fascisme et son idéologie de masse

L’Espagne a subi un développement influencé par une dictature de type fasciste qui s’est étalé sur une durée de 40 années. Ce fascisme a été transposé dans toute la société espagnole non pas avec l’aide de la persuasion, mais en s’appuyant sur un climat délétère où règne une peur  de tous les instants. Ce qui se justifie par les nombreuses familles des prisonniers hommes et femmes en instance d’exécution, et la chasse aux coupables.  Il est très difficile de faire passer le ressenti à travers un témoignage, la pression exercée sur le peuple par un gouvernement fasciste qui vient de gagner la guerre. La peur est omni présente dans tout  ce qui est la vie quand  on sait que la mort est une punition qui ne transige pas dans  la nouvelle dictature qui prit place après une guerre qui prolongera sa perversité barbare. Tout au long du règne du caudillo. Les jours qui ont suivi la défaite se sont déroulés des exécutions dans un rythme de 200 à 300 fusillés par jours sans que les tenant de la « non intervention » face pression sur le nouveau maître. La France avait nommé un Ambassadeur de renom    (de mars 1939 à mai 1940) Pétain le héros de Verdun  son choix ne fut pas fortuit.

Dans les villes se développaient déjà des bandes de dévoyés n’ayant que la violence gratuite, et les dénonciations pour but. La propagande va  bon train, tout est bon dans la presse et dans l’information audio un étalage savamment dosé de catastrophes, d’incendies, d’accidents, afin de maintenir les personnes dans la crainte du lendemain et la méfiance que cela provoque irrémédiablement un état de peur souvent sans qu’elles en aient conscience. Le but recherché est d’un coté de montrer l’impuissance et la corruption de certains politiciens afin de préparer « l’ordre nouveau ». Le fascisme trouve sa nourriture spirituelle dans les rapports entre la classe exploitée et la classe exploiteuse. Le fascisme n’est pas le fait de la petite bourgeoisie (comme lui même tente de nous faire croire) qui s’empare du pouvoir c’est une manœuvre qui sème la confusion et cache la véritable nature de classe du fascisme. Qui n’est rien d’autre que l’émanation les éléments les plus réactionnaires des classes possédantes  soutenue par  les forces politiques  des gouvernements libéraux au service du grand capital. Franco a rendu un immense service au capitalisme mondial issu des grands monopoles, industriels, l’ agroalimentaire, le système bancaire, et l’ immobilier, qui  ont eu très peur de voir fleurir en Espagne les signes de leur déchéance, dans le cas où la République aurait été soutenue par les démocraties,  il s’en est pourtant  fallu de peu.

 

A suivre - Luis Lera