LA LGV
a ORTHEZ, UN
SUJET SENSIBLE
Le 15 janvier à Orthez se déroulait un débat en présence de huit têtes de liste des Pyrénées Atlantiques pour l’élection régionale de mars. Le thème de cette rencontre la LGV… Ligne à Grande Vitesse pour ceux qui l’ignoreraient encore. C’est l’un des grands sujets emblématiques de ces élections. Il sera intéressant de voir s’il est de nature à faire évoluer les résultats du scrutin dans un sens ou dans un autre de manière significative. Il pose en outre le problème des « alliances » qui se tricoteront.
Ce débat s’est déroulé à l’initiative de l’association qui s’est constituée à Orthez dans le but que cette cité ne soit pas oubliée sur le tracé de la LGV. Elle est présidée par René Ricarrère, ancien maire d’Orthez et bientôt ancien conseiller régional… Ce dernier a depuis longtemps combattu, avec une certaine efficacité d’ailleurs, pour que le TGV n’ignore pas au fil des ans, la gare d’Orthez. Il s’agit donc de maintenir un précieux acquis au service d’un bassin de vie, et d’un bassin économique situé au centre du département des Pyrénées-Atlantiques et qui regroupe une population estimée entre 170 000 et 200 000 habitants.
Aujourd’hui l’histoire qui s’écrit nécessite un nouveau combat qui n’est pas gagné d’avance. L’enjeu dépasse largement le cadre de ce territoire, en face de l’enjeu des liaisons européennes Nord/Sud et des relations entre les capitales régionales. Les arguments que fait valoir l’association orthézienne au nom des 200 000 habitants qu’elle entend représenter auront besoin d’être particulièrement soutenus.
L’une des premières observations qui peut être faite -- et ceci concerne l’ensemble des infrastructures majeures dans la région - montre que le raisonnement dépasse largement la durée du moindre mandat électoral. Ainsi le débat qui s’est tenu le 15 janvier est un débat d’anticipation pour les 10 ou les 20 prochaines années. On a mesuré au passage le décalage qui pouvait exister dans le temps entre le début d’une intention ou d’une proposition, et sa réalisation effective. L’autoroute entre Pau et Langon constitue une merveilleuse illustration et permet d’observer comment une décision prise à un moment donné se trouve considérablement bousculée par l’évolution des mentalités… Acquises à l’écologie en cours de route.
Ceci pose tout de même de manière plus fondamentale, le problème du débat public vis-à-vis des grandes questions d’aménagement du territoire, de sa qualité et de son organisation, voire déjà de son existence.
À partir d’un exposé introductif sur les tenants et les aboutissants d’une argumentation en faveur du passage de la LGV à Orthez, chacun des candidats a été amené à formuler ses observations, ses commentaires, ses critiques, ses propositions.
Le débat étant strictement encadré par une règle du jeu acceptée de tous a contraint les candidats à des synthèses parfois difficiles à intégrer dans les créneaux de temps qui leur étaient impartis. Le sort avait désigné l’ordre de passage des intervenants, sous la conduite d’un Monsieur Loyal en la personne d’Eric Dournes, qui devait aussi les pousser dans leurs retranchements, sans perdre de vue un chronomètre voulu aussi égalitaire que possible.
Isabelle LARROUY - Front de Gauche
S’interroge sur les besoins réels des populations et sur l’importance des financements privés. Elle énonce un accord de principe pour l’objectif de diminution du temps de trajet vers Paris. Soucieuse d’une concertation avec l’ensemble des acteurs, elle demande un moratoire afin de ne pas se précipiter.
Elle exprime également sa crainte par rapport aux menaces qui pèsent sur un grand nombre de maisons appelées à être démolies sur le futur tracé de la LGV.
Pour cette candidate, le montant des sommes engagées est très élevé et risque de mobiliser des fonds publics en sacrifiant d’autres secteurs. Elles craint que ces investissements soient surtout profitables aux intérêts privés et que tous les moyens soient affectés aux lignes nouvelles en laissant aux collectivités locales la charge des lignes anciennes.
C’est donc un dossier important pour la Région, mais il suppose une réflexion commune et l’inventaire de toutes les possibilités.
Alain LAMASSOURE - UMP
Le député européen considère que le débat public a eu lieu en 2006 et que la LGV est la première de nos priorités. Pour lui pas d’ambiguïté : oui à une nouvelle ligne qui permette d’utiliser la vitesse du 21 ème siècle dont le bénéfice soit identique pour le Béarn et la Pays Basque.
Il insiste cependant pour affirmer que c’est bien la LGV vers Bayonne et Hendaye (entre Paris et Madrid) qui conditionnera l’existence de la LGV vers le Béarn et la Bigorre.
Il rappelle qu’il existe quatre options sans trancher sur la solution qui l’emporterait.. Pour le chef de file UMP il n’est pas question d’attendre, parce que 35 autres projets existent en Europe et que si on veut en bénéficier il faut arrêter de tergiverser.
David GROSCLAUDE - Europe Ecologie
S’interroge tout d’abord sur l’économie recherchée par rapport à l’aérien. Globalement ce candidat tente de réintroduire des échelles de temps et de valeurs dans le débat et ce n’est pas son moindre mérite. Ses préconisations donnent la préférence à la rénovation de la ligne actuelle, à la solution la plus sage, la plus écologique et la plus économique. Il rappelle en passant à l’assistance, que la vitesse du 21ème siècle pour certaines lignes, c’est de l’ordre du 20 ou 25 kilomètres à l’heure …
Il plaide pour un grand plan des transports en Béarn, intégrant la liaison avec Oloron et Canfranc.
Jacques MAUHOURAT - Alliance Ecologique Indépendante
Donne une vision résolument écologique et se positionne en défenseur de la planète.
Il est « à fond pour le rail » mais ne souhaite pas que l’on sacrifie trop de surfaces agricoles ou boisées, ne veut pas non plus d’une « gare à betteraves »*. Il met en garde encore sur le fait qu’en 2050 alors que toutes les productions auront été délocalisées, on construise des lignes à grande vitesse pour ramener ces productions réalisées ailleurs, plus rapidement ici… Il dresse encore le tableau peu ragoûtant qui s’offrira aux riverains des carrières qui seront nécessaires à la production des granulats pour aménager ces lignes.
Bref il s’inquiète du désengagement de l’Etat sur le dos des collectivités locales et évoque l’étude du CESR (Conseil Economique et Social Régional) sur les financements des futurs projets régionaux.
Bernard UTHURRY - Parti Socialiste
Pose quelques jalons supplémentaires dans la problématique des transports en souhaitant que l’intérêt général soit le seul maître à bord.
Il reproche au projet gouvernemental son manque de pédagogie qui laisse la région sans accompagnement. Il rappelle que la LGV répond à une préoccupation environnementale et qu’une tonne de marchandise sur un train cela représente 80 fois moins de CO2 que la même tonne sur la route. Il s’interroge encore face à une augmentation continue de 6% par an du trafic routier, et comment s’effectuera le transfert vers d’autres moyens de transports pour éviter l’asphyxie des routes.
Il rappelle encore les valses-hésitations constatées à l’intérieur même des partis. Pour lui la LGV vers le Béarn possède des arguments lourds en sa faveur. Il n’oublie pas d’évoquer la progression enregistrée sur les TER et les cadencements qui vont s’accélérer pour les transports à l’intérieur de l’Aquitaine.
Il attend les résultats des études en cours en termes de coûts, d’atteintes à l’environnement, sur le choix des voies ou encore sur l’acceptabilité sociale.
Jacques HENRIOT - Front National
A reconnu qu’il avait peut-être évolué dans sa position au cours de la réunion et à la lumière des arguments qui avaient été présentés par l’association.
Il développe quelques arguments qui n’ont pas encore surgi dans les différentes présentations
Rappelle que la LGV coûte cher et que l’Etat est « fauché » ce qui le conduit à faire payer une proportion importante par la Région, laquelle est aussi appelée de plus en plus à palier les carences à la fois de la SNCF et de Réseau Ferré de France pour l’entretien des voies.
S’il admet qu’il faille de nouveaux sillons pour faire circuler de nouveaux trains il ajoute que dans ce cas là si les gens sont en opposition, c’est peut-être qu’ils voudraient bien… mais à condition que cela passe chez les autres….
Jean-Jacques LASSERRE - Forces Aquitaine
De son point de vue il s’agit là d’une question d’aménagement du territoire qu’il convient de ne pas considérer uniquement que du point de vue des grandes liaisons (histoire de se démarquer passablement du député européen UMP qui s’est exprimé avant lui…). Ce projet doit donc s’apprécier par rapport à l’environnement, par rapport à son intérêt, celui du pays et de sa population.
Il évoque en matière de transport de personnes des chiffres qui viennent contester l’intérêt d’une traversée du Pays Basque …Vu la faiblesse du nombre de voyageurs en direction de l’Espagne.
Il déplore à son tour le ponctionnement des collectivités locales pour assurer le financement. Il affirme ainsi au passage, que la contribution des Pyrénées- Atlantiques pour la Tours Bordeaux est supérieure à celle de la Gironde …
Il regrette lui aussi le fait que les territoires n’aient pas été suffisamment associés. Il demeure cependant prudent sur la solution qui sera acceptable et supportée dans la balance : intérêt du projet au regard de la charge financière qu’il représente.
Eric SCHATZ - Nouveau Parti Anticapitaliste
Le discours est plus radical. Le candidat du NPA conteste d’entrée de jeu le modèle idéologique de la compétition entre les hommes et les territoires qui conditionne cet éloge de la vitesse grande prédatrice de biens publics.
Il regrette de ce fait que la Gauche « soit réduite à mettre sur les rails un projet politique inspiré par une idéologie capitaliste ».
Le NPA exprime son soutien à la gare d’Orthez mais ni à la LGV, ni aux nouveaux tracés. Il regrette les coûts de réalisations qui conduisent les Collectivités Territoriales à l’asphyxie. Il propose d’autres choix comme le TGV pendulaire, la modernisation des voies existantes, mettre en oeuvre la gratuité des transports quand on prend conscience de la part de la billetterie dans le coût global des transports….
Bref, le NPA veut privilégier la réponse aux besoins sociaux et relocaliser les activités économiques. Il se déclare aussi comme « n’étant pas Roussetcompatible ».
A l’issue de ce premier tour de table, deux mini débats devaient s’organiser avec deux sous groupes de quatre candidats, questionnés par l’animateur de service. Cela ne constituait pas une forme très dynamique d’échanges. On sentait l’inquiétude aussi de laisser la place à un échange trop débridé. La salle, ne fut pas invitée à y participer malgré une présence très dense. Ces échanges complémentaires ont permis de donner quelques coups de projecteurs sur différentes questions abordées dans la première partie de la
soirée.
Le candidat du NPA attirait l’attention sur la contradiction qui pouvait exister entre le soutien au rail destiné à concurrencer l’avion d’une part, et les subventions octroyées aux compagnies low-cost. Il lui était opposé - assez timidement - que « c’était la seule façon qui était offerte aux aéroports pour équilibrer leurs comptes…. » Mais il aurait été utile de prolonger ce type d’échange en épuisant la totalité des arguments.
Même si l’on a globalement essayé de rester sur du « politiquement correct » au cours du débat, quelques échanges chargés de sous entendus ont fusé ici et là. La réflexion sur la LGV peut revêtir des aspects plus tendus dans les endroits où ses impacts seront plus nets. le Pays Basque par exemple, en observant encore que les points de vues peuvent diverger à des distances très proches notamment entre le BAB (Bayonne-Anglet-Biarritz) et l’arrière pays.
La campagne électorale qui sera finalement assez courte, permettra-t-elle d’affiner les problèmes soulevés. Comment ces questions se déclineront-elles à l’échelle du territoire régional, passablement malmené par ailleurs ? Fera-t-on un peu de lumière sur les niveaux de responsabilité des uns et des autres ? A titre d’exemple : entre la Région, la SNCF, RSF ???
Comment décline-t-on à l’intérieur de la Région le bilan carbone ? Avec quelles incidences sur le territoire et les finances régionales ?
Un autre point important concerne la donnée environnementale et écologique qui apparaît déterminante pour cette élection. On a tout de même l’impression que l’on se borne souvent à affirmer une incantation dogmatique. L’on ne rentre pas beaucoup dans les détails et les nuances qui permettraient de différencier véritablement les candidats en fonction d’une vibration écologique largement revendiquée.
Mais en réalité, la rencontre d’Orthez avait-elle pour objet le scrutin de Mars ? Ou avait-elle pour vocation d’élargir la base des supporters de la LGV à Orthez ? Sans doute un peu des deux, bien que l’on soit resté dans les limites d’un échange assez correct entre les participants qui n’ont peut-être pas voulu trop se mettre en évidence par des propos outranciers. Ceci étant, le sujet mérite d’être suivi à son terme, notamment pour l’entre deux tours au moment des regroupements, ralliements, et autres fusions de listes. On peut s’attendre sur ce sujet hyper sensible à des contorsionnements du plus bel effet.
Yandé
