Les régionales, et après ?

 

 

L’excitation née pendant la campagne des régionales est désormais derrière nous. Les urnes ont parlé et les résultats s’imposent. La nouvelle assemblée régionale comprend 85 membres. Le parti socialiste et ses alliés naturels, s’octroient la part du lion avec 45 postes. Ils n’ont donc pas d’inquiétude majeure pour trouver une majorité de gouvernement bien qu’ils aient permis aux écologistes d’Europe Ecologie, autres « alliés naturels » mais qui avaient préféré dans un premier temps tenter leur chance, de manière indépendante, d’obtenir 10 élus. Quant au Front de Gauche il doit se contenter de trois conseillers régionaux alors que les accords d’entre-deux tours, leurs laissaient miroiter six places éligibles.

Du côté de la majorité présidentielle, l’UMP obtient 17 fauteuils. Enfin Forces Aquitaine emportent 10 sièges.

 

Une fois de plus sur ce scrutin on a pu constater que les centres d’intérêt majoritaire se situent à deux niveaux. Le premier, dans la volonté que les challengers éprouvent toujours le besoin de compter leurs forces, le second en pensant évidemment au scrutin suivant. Au singulier ou au pluriel, c’est selon.


Les jeunes et la Région.

On ne s’étonnera pas alors, même s’il n’est pas question de s’en réjouir, de se satisfaire de la forte abstention qui a caractérisé ce scrutin. Il y a d’ailleurs dans cette élection plusieurs enseignements à tirer. D’abord ce qui est souvent avancé, la méconnaissance de cette assemblée, son utilité, ses responsabilités, dans le même temps la récompense au sortant, probablement pour son travail et peut-être surtout de la considération accordée à l’ensemble du territoire composant la Région.

On peut s’étonner néanmoins du fait que parmi les abstentionnistes, les jeunes seraient assez nombreux alors que finalement ils sont de loin les principaux « bénéficiaires » des compétences de la Région à travers les lycées et les dispositifs de formation. Ceci interroge sur la nature de l’instruction civique qui leur est dispensée. Certains événements emblématiques comme le Festival des Lycéens devrait pourtant les toucher mais ce n’est pas sûr que le rapport soit bien perçu entre des dispositifs concernant les jeunes et l’institution qui en est responsable.

 

Un personnel politique renouvelé.

Au niveau du personnel politique investi à la Région quelques observations peuvent être faites. Inutile de revenir sur le principal bénéficiaire en position de gouverner sans se poser beaucoup de problèmes métaphysiques. En revanche Europe Ecologie croyait fermement consolider un score à deux chiffres sur la lancée de l’élection européenne, et la confiance placée dans les manifestations de masse opposées à la LGV.

Le « verdissement » de l’opinion publique chemine bizarrement.

Le Front de Gauche a pu constater que la logique mathématique n’est pas toujours au rendez-vous entre les perspectives de l’entre-deux tours, et les résultats sortis des urnes. En d’autres termes, à gauche de la gauche on pourra toujours méditer sur l’efficacité du fait que « small » n’est pas toujours synonyme de « beautiful ».

Du côté du parti présidentiel, pour le ministre du travail malgré une besogne accomplie dans la fidélité et le sens du devoir, c’est le siège éjectable qui a fonctionné… pour l’exemple sans doute, face à des résultats jugés insuffisants. Circonstance aggravante, c’est dans cette seule région que le MODEM a redoré la cerise d’un leader national en perte de notoriété.

Entre ces partenaires là, d’ailleurs, le rendez-vous est d’ores et déjà pris pour le prochain scrutin des conseils généraux, avec en perspective un remake du jeu du renvoi d’ascenseur.

 

On peut donc considérer aussi que sur le scrutin régional d’Aquitaine les extrêmes n’ont pas fait une moisson terrible. Contrairement à ce qui a été observé dans certaines régions, le front national a disparu de l’hémicycle régional après une longue présence.


A la Région pour quoi faire ?

Voilà donc le bilan qui peut être tiré à la veille d’une réforme administrative qui vise réunir dans une formule encore un peu floue, conseils généraux et conseils régionaux. Le principal grief fait aux conseils régionaux étant bien entendu qu’ils sont très majoritairement dirigés par l’opposition au parti Présidentiel.

Il est intéressant aussi de s’interroger sur la réelle motivation du personnel politique qui constitue désormais le conseil régional. Au terme d’une alchimie très obscure qui préside à la composition des listes, quelle est la part des élus qui sont véritablement investis au service de la région ? en fonction de quelles compétences ? … et la part des élus qui accèdent à la Région afin d’y recueillir les moyens de conforter leurs mandats infra régionaux, par conséquent, ils ne sont probablement pas totalement préoccupés par la réalité du développement régional.


Il y aurait eu un bel exercice de non cumul des mandats à mettre en oeuvre à l’occasion de ce scrutin régional. Ce sera pour une autre fois.


La Région présente une particularité originale qui n’est pas très souvent mise en exergue, c’est le rapport quasi institutionnalisé qu’elle entretient avec les « Corps Intermédiaires ».

 

En fait la Région se décline selon trois composantes.

Une Assemblée élue, il s’agit de la facette la mieux repérée par le grand public. Deuxième facette qui a fait l’objet de quelques polémiques de campagne parce qu’il est toujours populaire de clouer au pilori les administrations… L’administration régionale comprend à la fois les services techniques et administratifs qui font « tourner » la Région , et les fonctionnaires déconcentrés par l’Etat (avec ou sans moyens de les prendre en charge financièrement).

Troisième composante une Assemblée Consultative le C.E.S.R. (Conseil Économique Et Social Régional) où sont représentés un ensemble de corps intermédiaires : chambres consulaires, organisations de salariés et d’employeurs, syndicats, organisations professionnelles, associations.

 

En d’autres termes la Région réunit une assemblée politique qui prend les décisions concernant toute la vie régionale dans le champ de ses compétences obligatoires et facultatives, une administration, une assemblée consultative. Dans la Région Aquitaine, depuis très longtemps, les relations étant très suivies entre les deux assemblées. Il existe même en Aquitaine une originalité quasiment unique en France : les groupes inter assemblées. Autour des politiques sectorielles ces groupes réunissent des représentants des deux assemblées régionales qui donnent un avis sur chacun des dossiers avant le stade de la décision finale qui appartient naturellement à l’assemblée issue du suffrage universel.

 

« La démocratie ou, quand l’esprit public parle à travers les corps intermédiaires »

Au mois de novembre le CESR organisait un colloque sur le thème suivant : « La démocratie ou, quand l’esprit public parle à travers les corps intermédiaires ». Ce moment de réflexion permettait à cette assemblée de se pencher sur son histoire et sur le rôle qu’une telle institution grâce aux partenaires qu’elle réunit joue dans le développement régional.

Le CESR réunit ces corps intermédiaires considérés comme représentatifs des grands secteurs d’activité implantés sur le territoire régional. Les chambres de commerce, d’agriculture, des métiers, structurées au niveau départemental et régional y occupent une place de choix. La représentation des organisations professionnelles s’illustre dans les représentations syndicales de salariés et d’employeurs.

C’est un peu plus délicat pour la représentation de secteurs spécifiques comme la forêt, la pêche, … Cela devient encore plus délicat pour les associations et les secteurs qu’elles entendent représenter. Pour compléter la représentation le législateur a prévu aussi un collègue de personnalités qualifiées.

In fine ce regroupement de secteurs intermédiaires, offre à la Région une chambre où la diversité des sensibilités qui y siègent propose un outil d’expertise, un outil aussi où le débat permet de faire émerger de l’intérêt général. Un ensemble destiné à permettre au pouvoir politique de donner une plus grande légitimité à ses projets, même s’il ne suit pas nécessairement tout ce qui émerge de l’assemblée socio-professionnelle. Le phénomène commence à se décliner à l’échelon des pays avec les Conseils de Développement.

 

La région présente donc cette particularité de disposer à la fois d’un outil politique, d’un outil consultatif, d’une technostructure et de veiller aux équilibres entre ces trois pôles. On a vu cependant au cours de la campagne des régionales, que ces dispositifs ne sont pas toujours très connus ni perçus du citoyen de base. Ce dernier a toujours du mal à saisir son rôle entre les phases d’agitation où on lui demande de se déterminer.

 

Yandé

Pour aller plus loin http://www.cesr-aquitaine.fr